Du black-out à la surcharge d’informations. Lundi soir en Chine, 45 minutes après que la flamme a été éteinte, une dépêche tombe sur le site de l’agence officielle Xinhua relatant les rebondissements de l'après-midi parisien.
Un délai relativement rapide, lorsqu’on sait que la manifestation de dimanche à Londres n’a été relatée que lundi, seulement après une conférence de presse matinale du porte-parole du gouvernement.
Verve communiste et grande muraille
Si l’agence n’a pas été censurée, elle ne s’est cependant pas gênée de conclure sa dépêche factuelle de quelques paragraphes d’une verve toute communiste. Ce changement de traitement en 24 heures est très révélateur de la façon dont Pékin traite les événements depuis la crise tibétaine.
Connue pour sa Grande muraille électronique et ses 30.000 fonctionnaires qui oeuvrent à la censure sur la toile chinoise, la Chine a aussi convaincu la plupart des hébergeurs et de nombreux blogueurs à s’autocensurer. Elle a maintenant décidé de compléter sa stratégie en inondant le web de sa propre version.
«C’est la première fois que Pékin fait de la contre-propagande en ce qui concerne une crise politique intérieure majeure, avance Eric Sautedé, professeur de Sciences Politiques à Macao et spécialiste de l’Internet. Il a tout de même compris très tôt qu’il fallait être actif sur le medium, et pas se contenter de bloquer, dès la crise du Sras en 2003.»
Depuis dix jours, on peut ainsi trouver des informations sur le dalaï lama en chinois – alors impossible auparavant, mais très orientées: les «articles» racontent la violence du régime tenu par les moines avant l’annexion du Tibet par la Chine. On voit aussi que des activistes pro-tibétains déclarés morts par «la clique du dalaï lama» «seraient en fait vivants». Ou on apprend que la photo de policiers avec des robes de moines à la main, suspectés par des «internautes malveillants» de se déguiser en faux moines, serait en fait, preuves à l’appui, un cliché de tournage de 2001.
Agence de com'
Pourtant, s’il tient l’information à l'intérieur de ses frontières, le gouvernement chinois a bien conscience que ce n’est pas comme cela qu’il améliorera son image auprès des médias étrangers… et c’est certainement pour cela, comme l’a révélé le Financial Times vendredi, qu’il songe à embaucher un agence de communication étrangère.
L’image de la police chinoise, malmenée depuis deux semaines, ne va pas s’améliorer dans les pays occidentaux : vendredi soir, une opération anti-drogue a été menée dans deux bars du quartier expatrié de Pékin. En soi, elle n’a rien de reprochable, si ce n’est la façon dont elle a été menée et dont plusieurs jeunes Français – dont des mineurs — ont été traités. Sacs plastiques sur les têtes le temps de l’interpellation, pistolet sur une tempe… l’ambassade de France se réserve le droit de porter plainte.