INTERVIEW - Julien Dazay, inspecteur de l'Education nationale, auteur du livre «Il faut brûler les écoles maternelles»…
Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, a annoncé sa réforme de l’école primaire. Or celle-ci touche aussi à l’école maternelle puisque, désormais, dès 5 ans, l’âge de la grande section de maternelle, les enfants «devront être capable de mettre en relation les sons et les lettres et de faire correspondre avec exactitude lettre et son» des voyelles et des consonnes. Changement nécessaire? Pour Julien Dazay, un inspecteur de l’Education nationale, il était temps. Il a ainsi rédigé sous pseudo
«Il faut fermer les écoles maternelles» (éd. Michalon, 14 euros), un ouvrage au titre qu’il reconnaît «provocateur» pour condamner le côté garderie de la maternelle. Interview.
Dans votre livre, vous écrivez que «l’on n’apprend souvent pas grand chose à l’école maternelle» et que «sur une journée d’école, un élève aura reçu environ 1 heure d’apprentissage sur 6 heures de classe!». Mais que fait-il pendant les 5 heures restantes alors?
Il fait la sieste, doit aller aux toilettes en groupe, fait des pauses récréations, se déshabille/se rhabille, range après les activités en groupe… A la maternelle, les enfants passent beaucoup de temps à faire autre chose qu’apprendre.
Même si ce ne sont pas des activités purement intellectuelles, ces temps apprennent à l’enfant à s’intégrer dans une communauté, à faire la différence entre semaine et week-ends, maison et école, non?
Oui, tout à fait. Mais l’enfant peut apprendre la socialisation dans d’autres structures, comme des jardins d’enfants encadrés par des éducateurs. L’Etat a-t-il besoin de payer des enseignants diplômés bac+5 pour ne pas faire d’enseignement? Des personnels d’encadrement - éducateurs ou animateurs - pourraient suffire.
Cela voudrait dire que l’école ne serait plus qu’un service d’accueil…
C’est déjà le cas. Les parents considèrent la maternelle comme une garderie. La preuve: quand il y a la grève, ils ne disent pas «mince, mon enfant ne va rien apprendre aujourd’hui» mais «comment je vais faire pour le faire garder?».
En outre, l’école a beau commencer à 8h30, certains parents emmènent leurs enfants plus tard, quand ça correspond à l’heure à laquelle eux partent au travail. Ou bien ils partent en voyage en dehors des vacances scolaires et font alors un mot au directeur ou la directrice de l’école pour dire que leur enfant sera absent pendant quinze jours.
Vous fustigez le fait que les enfants aillent en file aux toilettes et que la sieste soit obligatoire pour tout le monde à la maternelle…
L’esprit maternelle, c’est: «on doit tous faire la même chose au même moment». Or on ne force pas les adultes en collectivité à aller tous ensemble au même moment aux toilettes. Il vaudrait mieux inciter les enfants à aller aux toilettes en prenant sur leur temps de récré ou en les laissant sortir s’ils ont envie pendant la classe. Ça les autonomiserait davantage que d’avoir de tels comportements moutonniers.
Pour la sieste, c’est pareil. Certains enfants restent les yeux ouverts pendant tout le temps de la sieste parce que, chez eux, ils ne la font pas. Je pense qu’il faudrait davantage respecter le rythme des enfants car ils ne marchent pas tous à la même vitesse.
Vous dites qu’il faudrait abaisser l’âge de la scolarité à 5 ans (actuellement, l’école est obligatoire à partir de 6 ans). Pourquoi?
Parce que si l’on ne repense pas les programmes de l’année des 5 ans, la grande section des maternelles, on va à la catastrophe. Actuellement, la loi dit qu’en grande section, les enfants doivent à la fois pratiquer des activités de moyenne section de maternelle et de cours préparatoire de l’école élémentaire. Mais c’est très flou. Le programme dépendra de la constitution des classes et du choix des enseignants.
Résultat: en CP, les enfants n’ont pas tous les mêmes acquisitions, certains savent presque lire et d’autres ont été plutôt tiré vers le bas en faisant des activités pour plus petits. En ce sens, l’école ne remplit pas sa mission de réduire les inégalités et ne donne pas aux écoliers toutes les chances de bien réussir.
Recueilli par Alice Antheaume