Qui veut la mort du point-virgule?

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Publié le 4 avril 2008.

CULTURE – Ce signe de ponctuation serait à l’agonie. Vérification...

Le point-virgule est à l’agonie. Il serait de moins en moins utilisé, tout bonnement parce que la plupart des gens ne savent ni où ni quand l’utiliser.

Signe de ponctuation trop élitiste? Preuve de l’appauvrissement de l’expression écrite? Mort de la phrase longue au profit d’une écriture «journalistique», faite de phrases courtes? Le débat sur ce signe de ponctuation a surgi au moment où se créait sur le Web un comité de défense du point-virgule, en début de semaine. En fait, ce comité n’était qu’une vaste blague en forme de poisson d’avril qui a disparu aussi vite qu’il était arrivé. Et pourtant, les blogs et les médias ont repris l’idée, constatant qu’en effet, on ne le voyait pas si souvent apparaître dans les pages de journaux ou dans la littérature contemporaine.

«Il n’y a qu’en France qu’il peut y avoir un tel débat, s’amuse le «Guardian», un pays qui accorde aux intellectuels le statut que d’autres n’accordent qu’aux footballeurs, aux femmes de footballeurs ou aux rock-stars.»

L’art d’utiliser le point-virgule

Le problème du point-virgule, c’est qu’il est hybride. A la fois virgule forte et point faible. Ce qui, en soi, ne veut rien dire. Son «lointain ancêtre se nommait au Moyen Age le comma (ou point renforcé)», rappellent les correcteurs du «Monde» sur leur blog.

Mais encore? Selon les règles de la grammaire, «quand une phrase a un lien étroit avec celle qui précède, elle en est séparée par un point-virgule et non par un point (…) Le point-virgule peut terminer une phrase, mais il ne termine jamais un texte.»

Pour mieux comprendre les subtilités de son usage, la lecture de Balzac peut aider: «Une femme à laquelle tout obéit chante toujours; aussi Jacquotte riait-elle (…).» («Le Médecin de campagne»). Plus près de nous, Houellebecq n’hésite pas non plus à utiliser le point-virgule, mais pour provoquer un effet absurde. Dans «Les Particules élémentaires», par exemple: «il n’arrivait plus à se souvenir de sa dernière érection; il attendait l’orage.»

Dans la littérature contemporaine, pourtant, le point-virgule n’a pas que des amis. L'auteur anglais George Orwell était résolument contre: «J’ai décidé que le point-virgule représentait une pause inutile et que j’écrirai mon prochain livre sans.» L’écrivain satirique François Cavanna est même allé plus loin, traitant le point-virgule de «parasite et de chose insipide».

Une nouvelle vie

Mais le point-virgule n’a pas dit son dernier mot. Il est toujours très présent dans les documents administratifs et en informatique, puisqu’il est l’un des marqueurs dans le code qu’utilisent les ingénieurs pour configurer toutes sortes de programmes. Mais là où il cartonne vraiment, c’est dans les discussions tenues par mail ou via messagerie instantanée. Dans cet univers, le point-virgule sert surtout à symboler un clin d’œil ; !
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