Trois cent quinze euros pour le Brésil. Deux cent trente pour la Turquie. Ce n'est pas le prix du billet d'avion, mais le montant du salaire mensuel proposé, mardi, à sept salariés de la teinturerie Staf d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais). Les deux offres de reclassement à l'étranger figuraient sur leur lettre de licenciement. « Il ne faut pas se moquer de nous, s'indigne Alain Leclercq, cariste de 38 ans. Déjà avec 1 200 euros, ici, on a du mal à s'en sortir. Alors, avec 230 euros là-bas... » Renzo Raggio en est bien conscient. Directeur des ressources humaines du groupe italien qui gère Staf, c'est lui qui a formulé ces propositions. « La loi française nous oblige à proposer un reclassement. La Turquie et le Brésil étaient les seuls pays disponibles... »
Il n'empêche que sur le parking de l'usine héninoise, hier, la pilule avait du mal à passer. « Le personnel est consterné, explique Rodrigue Farrivaux, délégué du personnel. Les patrons savent pertinemment que personne ne va accepter d'être reclassé pour quelques centaines d'euros. »