SANTE - Si la mission sur les sectes ne pointe du doigt que les thérapies déviantes, elle relance le débat sur une réglementation de la profession...
«Les dérives sectaires sont plus nombreuses dans le domaine de la santé, des thérapies alternatives et du développement personnel, que dans le cadre à proprement parler spirituel et religieux.»
Dans son 5e rapport annuel,
publié ce jeudi, la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) se penche sur les psychothérapies déviantes et notamment celles qui pratiquent «le faux souvenir induit».
En clair, un(e) thérapeute suggère à son patient qu'il a pu être victime d'agression(s) sexuelle(s) ou de maltraitance dans son enfance. Peuvent s'ensuivre, selon la Miviludes, «des divisions et ruptures familiales, l’apparition de maladies et en particulier de dépressions nerveuses, des suicides, et l’ouverture de procédures policières et judiciaires avec le risque de condamnation d’innocents.»
«Les familles ne se mettent à parler que maintenant»
Si la Mission ne dispose d'aucun chiffre sur le nombre de victimes en France, elle cite le travail de l'association Alerte aux faux souvenirs induits (
Afsi), qui a relevé 200 affaires sérieuses de ce type depuis sa création en juillet 2005. «Je reste persuadée qu'il y a des milliers de cas, mais les familles ne se mettent à parler que maintenant, affirme à 20minutes.fr sa présidente, Claude Delpeche. En France, on a dix ans de retard sur ce phénomène par rapport aux Etats-Unis.»
Selon Michel Meignant, le président de la Fédération française de psychothérapie et de psychanalyse (
FF2P), ces déviances restent au contraire «marginales. Je préside des commissions de déontologie depuis trente ans et je n'ai jamais vu d'affaires comme cela au sein de la FF2P». Selon lui, «la suggestion n'a pas sa place dans la psychothérapie, qui travaille sur les sentiments et les émotions, mais elle peut avoir cours en revanche chez certains psychiatres».
La moitié des psychothérapeutes ni médecins ni psychologues
Le rapport de la Miviludes a en tout cas de quoi relancer le débat sur l'encadrement des psychothérapeutes par par une autorité indépendante. La Mission rappelle que sur les 10 à 15.000 psychothérapeutes répertoriés par la FF2P, environ la moitié ne sont ni médecins ni psychologues mais issus de formations diverses (travailleurs sociaux, professions paramédicales et autres). «Ce constat, s’il ne doit pas aboutir à la conclusion hâtive que la moitié au moins des psychothérapeutes aurait des pratiques charlatanesques et dangereuses, est néanmoins un facteur de risque aggravé dans ce secteur de prestations où l’appellation “psychothérapeute” n’est pas encore encadrée dans l’attente du dispositif réglementaire prévu à
l’article 52 de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé publique», écrit la Miviludes.
Cet article, voté à l'initiative du président (UMP) de l'Assemblée nationale Bernard Accoyer, avait créé un registre national des psychothérapeutes. Mais le gouvernement n'a jamais publié le décret précisant dans quelles conditions pouvaient être inscrits sur ce registre ceux qui ne sont ni médecins, ni psychologues, ni psychanalystes.
«On ne peut pas supprimer comme ça, d’un coup de crayon, toute une profession», confiait Jacques-Alain Miller, directeur du département de psychanalyse de Paris VIII, à 20minutes.fr.
Catherine Fournier