POLITIQUE – François Fillon veut faire des «économies partout», dans l’immédiat, il faut trouver 7 milliards d’euros…
Le gouvernement «fera des économies partout». Invité de France Inter mardi matin, François Fillon
ne cache plus l’urgence de la situation budgétaire, alors que tous les indicateurs économiques, hormis le chômage, sont au rouge. «Tout le monde doit faire des efforts», a t-il ajouté.
Vendredi, Nicolas Sarkozy présidera un
conseil de modernisation des politiques publiques (CMPP), où seront annoncées des mesures d'économies liées à la réforme de l'État. Mais il n’y a pas de miracle attendu sur le court terme: la France aura du mal à ne pas dépasser les 3% de déficit public en 2008, barre au-dessus de laquelle
le pays risque des sanctions de l’Union européenne.
7 milliards d’euros de réserve annulés?
En 2007, le déficit public s’élevait à 2,7%.
Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), estime que le gouvernement devra trouver «environ 7 milliards d’euros» d’ici à la fin de l’année pour rester en-dessous de la barre des 3%.
7 milliards d’euros, c’est justement la somme mise en réserve par le gouvernement pour faire face aux imprévus en 2008. Dans
un entretien à l’Express, François Fillon assurait «vouloir annuler tout ou partie» de cette manne financière, c'est à dire réinjecter cet argent dans les caisses.
Eric Heyer estime que ce n’est qu’un effet d’annonce: «Ces réserves servent par exemple à affronter une inflation plus forte que prévue qui fait mécaniquement augmenter le salaire des fonctionnaires. Or, l’inflation est plus forte que prévue en 2008. Du coup, cet argent annulé sera de toute façon utilisé pour payer les fonctionnaires».
Non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux
Pour résoudre cette quadrature du cercle, le gouvernement pourrait augmenter les prélèvements obligatoires. Un point de CSG en plus rapporterait 11 milliards d’euros par an tandis un point de TVA ferait rentrer 9 milliards d’euros par an. Mais augmenter les impôts serait politiquement intenable dans une période de difficultés économiques et serait assimilé à un «plan de rigueur»,
épouvantail agité sans cesse par l’opposition.
L’option principale retenue par le gouvernement est donc de tenir fermement l’engagement de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux qui part à la retraite (soit 35.000 postes en 2009). D’après l’OFCE, une stricte application de ce principe rapporte 1 milliard d’euros par an. Problème: le non-remplacement des fonctionnaires est compliqué dans
certains secteurs sensibles comme l’Education nationale.
Le gouvernement espère aussi repousser quelques mesures coûteuses à plus tard, en attendant que la machine économique se relance. C’est
le cas du Revenu de solidarité active, promis pour fin 2008, et qui est finalement repoussé à 2009. Voire même considérablement allégé, François Fillon annonçant qu’il fallait mettre en œuvre le dispositif «sans augmenter les dépenses publiques» alors que le chiffrage de l’opération était de 2 à 3 milliards d’euros.
Solution: renégocier avec les partenaires européens
Reste les réformes de structure destinées à relancer la machine économique, comme la réforme du contrat de travail ou la loi de modernisation de l’économie. Outre la difficulté à les faire accepter par les partenaires sociaux, le problème est qu’elles ne produiront leurs effets budgétaires qu’à long terme.
Eric Heyer ne voit donc qu’une issue budgétaire dans l’immédiat: «Négocier avec les partenaires européens un dépassement de la barre des 3% de déficit public». Mais l'opération, maintes fois répété par la France ces dernières années, serait cette fois-ci très délicate car la France prendra la présidence de l'Union européenne au second semestre. Le maître peut difficilement jouer au mauvais élève.
Vincent Glad