Pourquoi supprimer ces postes : vous dégraissez le mammouth?
Mais non ! D'abord, nous ne renouvelons pas 8.830 emplois de professeurs, sur 900.000. Et il y a une raison démographique: nous avons perdu 145.000 collégiens et lycéens ces trois dernières années, et 40.600 élèves de moins sont prévus à la rentrée prochaine.
En septembre, sauf cas marginaux, le même service public sera offert aux élèves. Et puis la qualité des cours ne dépend pas du nombre de professeurs. La preuve, on a un des meilleurs taux d'encadrement au monde, avec un prof pour 12 lycéens, or on perd des places dans les classements mondiaux. L'école va mal. On me demande des postes: je réponds études surveillées, nouveaux programmes, stages, revalorisation du lycée professionnel. Il faut se réformer, changer du dedans, tous nos voisins l'ont fait, sauf nous.
On a le sentiment que ce pack de réformes est non négociable. Lycéens et profs défilent pour rien?
Ces défilés reviennent tous les ans! Il ne faut pas être dupe du discours alarmiste et mensonger de certains syndicats. Et n'exagérons pas la mobilisation des lycéens. Jeudi, ils étaient 4.000 à défiler sur les 450.000 lycéens que compte l'Ile-de-France. Halte au feu ! Nous ne reviendrons pas sur ces suppressions: elles ont été largement discutées depuis août, et votées par le Parlement en novembre. Même si je voulais revenir en arrière, je ne peux pas. Mais je suis prêt à parler avec eux des vrais défis du lycée. Je ne suis pas enfermé dans ma tour d'ivoire.
Ne faut-il pas épargner les établissements classés en zone d'éducation prioritaire?
Mais ils le sont ! Dans les collèges «ambition réussite» et les lycées ZEP, on a maintenu les crédits spécifiques là où le nombre d'élèves est resté stable. Et ceux qui verront des élèves partir du fait de l'assouplissement de la carte scolaire garderont la même quantité d'enseignants.
Quelles économies comptez-vous réaliser ?
C'est impossible à chiffrer. Arrêtons de faire croire que notre système est radin: il est parmi les plus généreux du monde développé. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille dépenser n'importe comment, ou distribuer des options à tout-va. Des lycéens ont plus de 50 heures de cours par semaine. Les enseignants volontaires? déjà nombreux? peuvent augmenter leur pouvoir d'achat grâce au milliard d'euros distribué pour les heures supplémentaires.
C'est le fameux «travailler plus, pour gagner plus» jusque sur les bancs de l'école ?
Oui. Pourquoi les profs devraient-ils forcément travailler moins pour gagner plus? On est le premier gouvernement à s'occuper d'eux et le Président s'est engagé à revaloriser leur début de carrière. Mais l'école de la Nation doit aussi se rappeler qu'il y a une nation, qui est en difficulté. L'Etat n'a plus les moyens de recruter aveuglément des enseignants.