C'est un peu du gris de sa tignasse de vétérante du rock que l'on retrouve dans les polaroïds de Patti Smith. La cultissime chanteuse américaine expose 250 clichés et 50 dessins à la fondation Cartier, à Paris, jusqu'au 22 juin. «Je dessine et je photographie depuis plus de quarante ans. C'est un grand honneur de montrer mon travail», explique-t-elle. De ses dessins réalisés à l'âge de 22 ans (portraits torturés) à des films expérimentaux (scènes domestiques) en passant par ses multiples polaroïds (naturalistes), les oeuvres présentées révèlent une artiste appliquée, et obsédée par certains lieux. Les cimetières, par exemple. «Depuis toute petite, j'ai vu des gens mourir... J'aime retrouver leurs esprits dans les cimetières qui, pour moi, sont des lieux très esthétiques et pas tristes.»
L'oeuvre graphique de Patti Smith suscite évidemment l'intérêt pour ce que la chanteuse représente dans l'histoire du rock. Mais l'artiste récuse cet aspect des choses: «Le rock m'a permis de m'adresser aux foules sur des sujets politiques, sur l'état du monde... Ici, il s'agit d'un travail intérieur. Cette exposition est un portail sur mon univers intime. J'ai amené des fauteuils et des tapis de chez moi pour que les gens se sentent à l'aise.» Cette volonté de bien-être du visiteur entre cependant en contradiction avec le propos de certaines oeuvres particulièrement dures et dérangeantes - dont des dessins de scènes de fellation.