SOCIETE – Décryptage avec Nathalie Giraud, co-auteur de «Plaisir - Manuel pratique du sexe à l’usage des femmes»...
La
récente enquête sur la sexualité des Français a révélé que l’on connaissait sa «première fois» de plus en plus tôt (17,6 ans pour les femmes, 17,2 ans pour les hommes) et que les femmes n’avaient plus froid aux yeux. Soit. Mais cette enquête ne dit pas à la gent féminine comment faire au lit, techniquement parlant. Et comme, d’après les chiffres, c’est une activité sur le long terme (90% des femmes de plus de 50 ans ont toujours une activité sexuelle), autant investir dès maintenant dans la méthode.
«Les femmes ont besoin d’informations sur leur sexualité, assurent Hilda Hutcherson et Nathalie Giraud, qui fournissent, dans un livre intitulé «Plaisir - Manuel pratique du sexe à l’usage des femmes» (éd.
Leduc.s-Editions), des conseils très détaillés et dans un «langage non châtié» pour répondre aux «questions que vous n’avez pas osé poser à votre mère ou votre gynécologue».
Des questions mais pas toujours de réponses
Car malgré les cours de biologie au lycée, malgré les séries, comme «Sex and the city» ou «Californication», où le sexe s’assume, malgré la la multiplication des pornos —
même Arte y consacre un documentaire («Le porno au féminin», ce jeudi soir à 23h15), qui peut prétendre savoir comment s’y prendre? «Les questions que se posent le plus souvent les femmes commencent par «suis-je normale si… je pense à quelqu’un d’autre que mon partenaire pendant que je fais l’amour avec lui/je n’ai de plaisir qu’avec un cunnilingus mais pas avec un rapport sexuel seulement/ j’ai un manque de lubrification vaginale/ si je regarde une femme?», raconte
Nathalie Giraud.
Celle-ci connaît bien le sujet: elle organise des séances à domicile façon réunions Tuperware ® pour vendre des accessoires érotiques. «Quand j’ai commencé ces réunions il y a cinq ans, la lingerie représentait plus de 90% des ventes. Aujourd’hui, elle ne représente plus que 2%, car les femmes préfèrent l’achat d’accessoires, comme de l’huile de massage, des masques, des petites menottes et des sex toys». Signe que le sexe est devenu une activité que l’on pratique pour prendre soin de soi, comme on ferait son jogging un dimanche matin, parce que c’est bon pour la santé et que ça permet de mieux dormir, sans prendre de somnifère?
Le sexe, c'est bon pour la santé!
En 318 pages quasi chirurgicales, le manuel liste une panoplie de «malheurs sexuels» (votre partenaire éjacule trop ou pas assez vite, il est très bruyant ou, pire, ne trouve pas votre clitoris), donne des cours pour embrasser avec la langue ou pour visionner un porno en couple. Un quart des femmes entre 25 et 49 ans déclarent en regarder «parfois» ou «souvent» avec leur amoureux, une «consommation extrêmement courante, qui s’inscrit dans un scénario d’excitation et qui n’a rien de très transgressif», souligne Michel Bozon, l’un des auteurs de l’étude sur la sexualité des Français. Le bouquin n’oublie pas non plus d’édicter un stage de niveau «élémentaire» pour s’adonner à la sodomie, à base de bain chaud en duo et de frôlement d’anus progressif. Le tout sur… six jours!
Dans ce kamasutra aussi poétique qu’une encyclopédie sur le bricolage, les deux auteures enseignent moins l’art de la performance que celui de la feinte. Aux lectrices qui veulent pratiquer une fellation — 20 pages de conseils — mais qui n’aiment pas le goût du sperme, Hilda Hutcherson et Nathalie Giraud préconisent de ne pas avaler. «Il ne verra pas la différence», conclut le manuel. «On n’est pas des buses», s’exclament, outrés, certains hommes qui l'ont lu. Mais Nathalie Giraud est formelle: «Quand votre tête se trouve au niveau de son sexe, il ne voit que vos cheveux, la technique passe inaperçue.»
AA