Christophe Guilluy
Géographe.
La gauche s'est surtout imposée dans les grandes villes. Qu'en pensez-vous ?
Cela confirme une nouvelle géographie électorale, elle-même influencée par une nouvelle géographie sociale. Le PS et les Verts obtiennent de bons scores dans les métropoles qui se sont embourgeoisées avec l'arrivée de classes moyennes supérieures intellectuelles, les bobos, qui s'installent dans les anciens quartiers populaires.
La gauche ne doit donc pas sa victoire aux classes populaires ?
Oh non ! La gauche est forte là où le peuple est faible. On le voit par rapport à l'abstention. Plus elle est importante, plus forte est la gauche. Or, les premiers à s'abstenir, ce sont les milieux populaires.
Ils ne votent pas non plus pour la droite...
Non, il y a une désaffection pour les grands partis. On compte 60 % d'ouvriers et d'employés au sein de la population active et, pourtant, les catégories populaires sont sous-représentées dans le débat public. Par ailleurs, elles ne croient plus les politiques capables d'agir sur le pouvoir d'achat. C'est faux de penser que Nicolas Sarkozy a été élu sur ce point. Il a su capter les voix du FN sur des thèmes identitaires, qui font recette dans les milieux populaires.
A-t-il perdu ces voix depuis ?
Oui, son discours a marché le temps de la présidentielle, pendant laquelle on a assisté à un sursaut de participation. C'est terminé.
Et l'extrême gauche ?
Elle a fait un bide dans les milieux populaires, notamment en banlieue.
Quel parti, alors, peut représenter les classes populaires ?
Pour l'instant, aucun. Quand vous gagnez moins de 1 500 euros par mois, la question des couloirs de bus ou les bisbilles entre Nouveau Centre et MoDem vous passent au-dessus. Il y a une totale désillusion de la part de ces catégories, et la plus récente a été incarnée par Nicolas Sarkozy.
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