MUNICIPALES - L'ancrage territorial du PS ne masque pas son échec à...
Une gauche en force sur le plan local, face à une droite leader sur le plan national. Le scrutin des municipales et des cantonales de 2008 a accentué le rapport de forces dessiné en 2004. La gauche avait alors conquis 20 régions (sur 22) et 51 départements (sur 100).
Elle en a gagné neuf de plus dimanche et a renversé la tendance dans les villes, où elle était minoritaire depuis 2001.
En prenant à la droite deux villes de plus de 200.000 habitants (Toulouse et Strasbourg) et en conservant facilement les six qu'elle détenait déjà, elle ne lui laisse plus que Marseille, la 3e ville de France, Bordeaux et Nice. En y ajoutant les six villes comprises entre 100.000 et 200.000 habitants qui basculent (Amiens, Caen, Reims, Rouen, Saint-Denis de la Réunion et Saint-Etienne), là aussi sans en perdre une seule, la gauche domine désormais très largement dans les villes de plus de 100.000 (25 contre 12).
Trois ratages à la présidentielle
Cette emprise sur les collectivités locales offre à la gauche des avantages indéniables, avec la possibilité pour un nombre important d'élus locaux de faire leurs preuves dans la gestion de fonds publics en forte augmentation depuis la décentralisation du début des années 1980.
Malgré tout, cet ancrage territorial ne masque pas l'échec de la gauche, et plus particulièrement du PS, à contester le leadership de la droite sur l'exécutif national. Depuis 1988 et la réélection de François Mitterrand, le parti socialiste a enchaîné trois ratages à la présidentielle (1995, 2002 et 2007). Et les législatives ne lui ont plus été favorables depuis le succès de la gauche plurielle en 1997.
Ce décalage s'explique, selon Christophe Guilluy, sociologue-géographe, par «le succès de la gauche dans les grandes villes et les zones urbanisées, où vivent les nouvelles classes moyennes, au détriment des zones périurbaines et rurales, majoritaires sur le territoire et abritant plutôt les classes populaires».
La véritable sanction réside dans l'abstention
Une réalité électorale qui invite à la prudence les leaders socialistes après le succès de ce 2e tour des municipales et des cantonales. «La gauche sera dans une certaine mesure au pouvoir, mais au pouvoir dans les villes et les départements, sans prétendre bien sûr vouloir revenir sur les résultats de l'élection présidentielle de l'année dernière», a concédé dimanche soir le premier secrétaire du PS François Hollande. Son directeur de cabinet, Stéphane Le Foll a également indiqué à 20minutes.fr que
«gagner une élection nationale restait notre défi».
En attendant, la droite va tâcher de garder le cap des réformes annoncées. Il serait «malvenu de tirer de ce scrutin des leçons nationales», a estimé le Premier ministre dimanche soir, jugeant que «la bataille pour l'emploi et le pouvoir d'achat doit s'accentuer». La presse ne manquait toutefois pas de rappeler ce lundi matin que
la véritable sanction réside dans l'abstention, qui a atteint un nouveau record. Cela «montre que le fossé entre les deux grands partis de gouvernement et l'opinion reste profond», en conclut Erik Izraelewicz dans «La Tribune».
C. F. (avec agence)