Si les quotidiens s'accordent sur une victoire de la gauche aux municipales comme aux cantonales, beaucoup s'inquiètent du record d'abstention à ces élections et de la difficulté pour la gauche à transformer ce succès local en projet national. A droite, les éditorialistes pronostiquent un changement de cap, sur le fond comme sur la forme.
Ainsi Laurent Joffrin parle-t-il dans «Libération» (qui titre «Et bling») parle d'un «désaveu cinglant» pour le Nicolas Sarkozy: «Monsieur le Président, il faut que quelqu’un vous le dise: vous avez perdu, et bien perdu, ces élections municipales.» Avant de tempérer: «La gauche pavoise (...) Mais cette victoire est aussi lourde de menaces (...) Déjà, les nombreux pères et mères de la victoire se disputent le rejeton. (...) Il faut enfin, pour gagner une mairie, proposer un plan réaliste et imaginatif, ce qui fut souvent fait. Où est-il à l’échelle du pays? La critique abonde mais les idées de changement font défaut.»
«La sanction est claire et nette», selon L'Huma
Même analyse de Françoise Fressoz dans «Les Echos». «Certes, une élection locale ne fait pas le printemps et la poussée du Parti socialiste est, à bien des égards, trompeuse. Quelle que soit la qualité de ses élus locaux, l'essentiel pour lui reste à faire : trouver un leader et accoucher d'une doctrine susceptible de le transformer en un opposant national crédible», écrit l'éditorialiste. Avant d'ajouter: «Mais Nicolas Sarkozy aurait tort de ne pas prendre au sérieux l'avertissement de mars. Ce qui faisait sa force en mai dernier est devenu sa faiblesse : l'assise populaire dont il bénéficiait s'est envolée.»
Même «Le Figaro» concède un revers pour la politique gouvernementale: «Qu'on tourne ou qu'on retourne les résultats de ces élections municipales: le Parti socialiste et l'opposition ont gagné le premier scrutin intermédiaire depuis l'élection de Nicolas Sarkozy». Et Etienne Mougeotte d'appeler à une accélération du «rythme du changement. (...) On ne contestera pas la méthode choisie, car la concertation avec les partenaires sociaux est jusqu'ici réussie (...) Il faut donc bien, ici et maintenant, aller plus vite et plus fort dans la voie du changement».
Pas pour les mêmes raisons, «L'Humanité» estime également que «les Français demandent un autre cap, une autre manière de gouverner que celle qui est mise en oeuvre depuis dix mois par Nicolas Sarkozy et son gouvernement». «La sanction est claire et nette. (...). Ce n'est pas seulement le style présidentiel qui vient d'être renvoyé dans les cordes mais bel et bien le cap de la politique gouvernementale», estime Pierre Laurent.
«Absence d'aggiornamento du socialisme français»
Pour «La Croix», aucun camp n'a pour l'instant vraiment tiré les leçons de ce scrutin: «Chaque famille politique s'est fort logiquement employée à tirer les leçons du scrutin. Mais sans volonté très affirmée d'en tirer toutes les conséquences, note François Ernenwein. La droite s'est ainsi employée à minorer le revers, promettant surtout de s'inscrire dans la continuité (...) La gauche, elle, célébrait une victoire qui n'arrive pourtant pas à masquer l'absence d'aggiornamento du socialisme français. La capacité à gérer correctement des villes n'offre pas en soi un projet crédible pour prétendre à l'alternance au plan national.»
Selon «La Tribune», le succès de la gauche est aussi à relativiser en raison de «l'abstention record d'hier». Selon Erik Izraelewicz, cela «montre que le fossé entre les deux grands partis de gouvernement et l'opinion reste profond. (...) Ce vote est aussi un appel à clarification, en matière de politique économique et sociale notamment», estime-t-il.
«Un Français sur trois ne s'est pas déplacé»
«Ouest-France» fait le même constat : «Un Français sur trois ne s'est pas déplacé. Les municipales (...) n'ont pas réenchanté les foules ni déjoué le piège de l'abstention choisie, observe Michel Urvoy. «La sanction est suffisamment claire pour qu'elle ait des conséquences immédiates», conclut-il.
Et Gérard Carreyrou, dans «France Soir», d'appeler à une nouvelle ère élyséenne: «Si Nicolas Sarkozy s'engage résolument dans [une] nouvelle forme de gouvernance il pourra surmonter l'échec des municipales et reconquérir au moins en partie l'adhésion de ceux qui lui auront manqué hier», écrit-il dans son éditorial intitulé: «Sarkozy l'an II».