Gaudin, dauphin de Gaston Defferre

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Publié le 17 mars 2008.

PORTRAIT - Au livre des records, Jean-Claude Gaudin (UMP) est désormais deuxième. A part Gaston Defferre, réélu six fois, aucun maire n'avait enchaîné plus de deux mandats à Marseille. « Gaudin de Mazargues », comme il s'appelle souvent lui-même, l'a réussi. Le...

Au livre des records, Jean-Claude Gaudin (UMP) est désormais deuxième. A part Gaston Defferre, réélu six fois, aucun maire n'avait enchaîné plus de deux mandats à Marseille. «Gaudin de Mazargues», comme il s'appelle souvent lui-même, l'a réussi. Le fils de maçon, qui a découvert la politique à 14 ans en assistant à un discours de Germaine Poinso-Chapuis, s'est imposé dans un monde qui privilégiait jusqu'à lui les fils de notables. Cela a pris du temps: trente ans entre son entrée au conseil municipal, en 1965, sur les listes Defferre, et la conquête de la ville, en 1995.

Passion du temps et de la durée

L'homme semble pourtant taillé pour la politique: la voix qui porte, une mémoire incroyable des événements et des gens, un sens de l'anecdote qui enchante ses interlocuteurs, partisans comme opposants. Professeur d'histoire, le maire prend chaque année un grand plaisir à jouer lui-même les guides dans l'hôtel de ville, pour les Journées du patrimoine. Passion du temps et de la durée: Gaudin est tenace, fidèle en amitié, y compris hors de sa famille politique. Notamment avec Guy Hermier, député PCF des quartiers Nord de Marseille. Ayant combattu tous deux Bernard Tapie dans les années 1990, les deux hommes se voueront jusqu'à la mort de Hermier une grande amitié, malgré l'anticommunisme de Gaudin.

Arrivé à la mairie, le tribun, fin renard politique, doit faire ses preuves comme gestionnaire. Il a déjà quelques lettres de noblesse après deux mandats à la tête du conseil régional. Mais son bilan y est entaché d'une faute politique: un «accord technique» avec le Front national, pour gérer la région de 1986 à 1992. «A l'époque, Le Pen n'était pas encore en Provence, le FN était différent», a-t-il coutume d'expliquer. Une fois maire, l'enfant de Mazargues tient le cap contre le FN, notamment en 1996 lors de la manifestation frontiste après la mort du jeune Nicolas Bourgat, poignardé par un adolescent français d'origine maghrébine.

«Politique paillettes»

Sur tous les plans, Jean-Claude Gaudin veut avant tout redorer l'image de Marseille, pour attirer les investisseurs. Il s'appuie sur Euroméditerranée, legs de Vigouroux, les zones franches, que Gaudin a lui-même mises en place en tant que ministre au sein du gouvernement Juppé, le tourisme, le cinéma... «Politique paillettes», dénoncent ses opposants, qui soulignent que le chômage, en forte baisse, reste cependant plus élevé à Marseille que la moyenne nationale. Le maire n'a pas non plus vu arriver la crise du logement, attendant 2006 pour lancer une grande politique en la matière. En 2000, il construit la communauté urbaine. Mais, privilégiant le consensus, il rechigne à lui donner assez d'autorité pour imposer des politiques réellement coordonnées, notamment en matière de transports et d'urbanisme. Après treize ans de mandat, Gaudin veut «partager la réussite» de sa ville et parachever la construction de l'agglomération marseillaise. Un chantier sur lequel son mentor, Gaston Defferre, avait échoué.

Frédéric Legrand
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