SANTE - Pour Philippe Pignarre, auteur du «Grand secret de l’industrie pharmaceutique», ce n'est pas nouveau...
Alors que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps)
vient d’autoriser la prescription du Prozac pour les enfants de plus de 8 ans, une étude britannique publiée ce mardi met de nouveau en doute l'efficacité de cet antidépresseur, ainsi que d’autres antidépresseurs de nouvelle génération.
Publiée dans la revue spécialisée
PLoS-médecine (bibliothèque publique de science), cette étude conclut que ces médicaments n'ont guère plus d'effets que des placebos sur les personnes souffrant de dépression. «Cela signifie que les personnes souffrant de dépression peuvent aller mieux sans traitement chimique», explique le professeur Irving Kirsch du département de psychologie de l'université de
Hull (nord de l'Angleterre).
Ne pas interrompre son traitement sans avis médical
Il fait partie du groupe d'experts qui a analysé les données publiées et non publiées - mais mises à disposition des organismes de certification britannique et américain - concernant 47 essais cliniques d'inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Il s'agit notamment des antidépresseurs les plus prescrits comme la fluoxetine (Prozac), la venlafaxine (Efexor) et la paroxetine (Seroxat).
Selon l'étude, les ISRS n'ont pas plus d'effet que des placebos pour les dépressions légères et pour la plupart des graves dépressions. En ce qui concerne les dépressions très graves, la différence serait davantage liée à une moindre réaction des patients au placebo qu'à une réaction positive aux antidépresseurs.
Philippe Pignarre, ex-cadre dans un grand laboratoire et auteur du «Grand secret de l’industrie pharmaceutique» (Editions de
La Découverte), n'est pas surpris par les résultats de cette étude. «Il est prouvé depuis un certain temps que les antidépresseurs de nouvelle génération sont moins efficaces que les anciens mais ont moins d'effets secondaires», explique-t-il à 20minutes.fr «Ce sont davantage des énergisants psychiques, auxquelles certains types de dépression ne sont pas sensibles. Il ne faut pas oublier que le mot “dépression” recouvre des états très hétérogènes», ajoute-t-il.
Sophie Fornéon, chef du département de l'évaluation thérapeutique des médicaments à l'Afsapps, minore ces résultats: «PLoS-médecine n'a pas publié une nouvelle étude, mais juste une analyse de vieux résultats datant de 10 à 20 ans. Les conclusions étaient déjà connues, la presse s'est emballée à ce sujet».
Marjorie Wallace, responsable de l'association spécialisée dans la santé mentale
Sane, n'est pas cet avis. Si ces résultats étaient confirmés, ce serait «très perturbant» selon elle, car les ISRS «représentaient un grand espoir pour l'avenir». Elle a prévenu que les patients ne devaient pas interrompre leur traitement sans avis médical.
Les fabricants démentent
Le professeur Tim Kendall, directeur-adjoint du département de recherche du Collège royal de psychiatrie, a qualifié ces résultats de «fabuleusement importants» et souligné qu'il était «dangereux» que l'industrie pharmaceutique ne publie pas l'ensemble des données à sa disposition.
Un porte-parole d'Eli Lilly, fabricant du Prozac, a réagi ce mardi, indiquant qu'une «expérimentation médicale et scientifique approfondie a démontré que la fluoxetine est un antidépresseur efficace». De son côté, un porte-parole de la firme GlaxoSmithKline (Seroxat) a estimé que les auteurs de l'étude n'avaient «pas reconnu les effets très positifs que ces traitements ont apportés aux malades et à leurs familles pour affronter la dépression et leurs conclusions sont en désaccord avec ce qui a été constaté au niveau clinique».
C. F. (avec agence)
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