CINEMA – Interview d’Agnès Jaoui...
La cérémonie des Césars sera peut-être chahutée vendredi soir. Le collectif national de l'action culturelle cinématographique et audiovisuel appelle à une mobilisation des professionnels pour lutter contre les menaces qui pèsent sur la culture. Quant à
la SRF (société des réalisateurs français), elle publie un texte pamphlet intitulé «Avis de tempête: état des lieux et propositions des réalisateurs pour revitaliser un système à bout de souffle». Explications avec Agnès Jaoui, actrice, réalisatrice et productrice, membre de la SRF.
Allez-vous monter sur la scène des Césars ce vendredi soir pour protester?
Non, je vais juste distribuer le texte à l’entrée de la cérémonie pour informer ceux qui méconnaissent la situation du cinéma français. Le but n’est pas de gâcher la fête mais de permettre qu’elle puisse continuer les années prochaines.
Quelle est la situation du cinéma français? A-t-elle évoluée depuis quelques années?
Les chiffres sont florissants, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Car tout l’argent va aux plus gros distributeurs et aux plus grosses productions, au budget de plus de 10 millions d’euros, laissant sur le carreau les autres films, qui bossent parfois avec des bénévoles et n’ont pas toujours de diffuseur. Ou alors, ces petits films restent deux jours à l’affiche, et comme ils n’ont pas de quoi se payer de pub, le temps que le bouche-à-oreille prenne, ils ne sont déjà plus projetés.
Paradoxalement, le succès des gros films du cinéma français fait beaucoup de tort aux autres et poussent les distributeurs à ne miser que sur d’énormes projets.
A quoi cette situation est-elle due?
A la défection du gouvernement en matière culturelle, qui coupe les subventions pour l’action culturelle, c’est-à-dire les projets menés dans les écoles, et qui n’a toujours pas réglé la question des intermittents du spectacle. En outre, la concentration des multiplexes s’accentue alors que les salles indépendantes crèvent la bouche ouverte… La logique capitaliste va faire mourir le cinéma. Après, on s’étonne qu’il y ait des violences en banlieue, là où des petites salles ont fermé. Mais que voulez-vous que les gens fassent à part hurler quand ils n’ont plus la possibilité d’aller voir ne serait-ce qu’un film?
Recueilli par Alice Antheaume