A l'heure où blanchit la campagne, Sylvie Desmarescaux est partie de chez elle depuis bien longtemps. Et si la brume a recouvert, ce matin-là, le petit village de Hoymille, à une dizaine de kilomètres de Dunkerque, tout est clair dans l'esprit de sa sénatrice-maire. Sans étiquette, elle est l'unique candidate déclarée aux municipales de cette cité-dortoir de 3 250 âmes, au fin fond des Flandres. Dans l'imposante bâtisse flamande qui fait office de mairie, elle fait campagne. « Comme si... » elle avait des adversaires. « Comme si... » elle n'était pas sûre d'être reconduite.
Madame intègre
Un étroit bureau rococo en guise de QG, la maire enchaîne les rendez-vous. Fleurs artificielles sur la commode et assiettes en cuivre aux murs comme seul horizon. Ce matin-là, Pauline et Julien sont les premiers sur la liste. Le jeune couple cherche un F2-F3 avant de « mettre un enfant en route ». Sylvie Desmarescaux écoute, prend des nouvelles de la famille et lâche. « Je n'ai pas été élu pour faire plaisir. Il y a trop de familles avec enfants qui ont fait une demande. Tant qu'il n'y a pas de bébé, ce sera difficile... » Aimable mais ferme, la réponse ne laisse pas place à la discussion. Et pour cause, Sylvie Desmarescaux tente de résoudre une impossible équation : faire de Hoymille un village dynamique sans perdre la tranquillité chère aux habitants. « Il n'y a plus de construction prévue. Je ne veux pas que tout parte à vau-l'eau ici. »
Madame et ses enfants
Etablie à 3 250 habitants au dernier recensement, la population a sans doute diminué depuis. Pas énormément. « Mes quatre enfants sont partis, compte-t-elle sur sa main. Les trois de l'un de mes adjoints aussi... » Comme si ces deux cas particuliers résumaient à eux seuls l'objectif du maire : se rapprocher le plus possible du seuil de 3 500 sans jamais le dépasser. L'engagement est connu de tous. Pas besoin de le faire figurer sur l'unique tract que Sylvie Desmarescaux distribue en porte-à-porte. « Le samedi uniquement », précise Patrick Pierru, adjoint aux associations. Car, dès 9 h, il n'y a plus personne à Hoymille. Un ballet incessant de voitures conduit les habitants sur le littoral dunkerquois, en suivant le canal de Basse-Comble.
Madame « chiante »
A l'heure du café, la mairie n'a pas encore rouvert ses portes. Enjouées, les employées de mairie en profitent pour négocier leurs congés. L'ambiance est bonne enfant. Mais là aussi, la maire ne transige pas. « Pour les ponts du mois de mai, vous me faites un tableau. On verra après. » Les secrétaires rejoignent leurs bureaux en silence. Sous les poutres, un de ses adjoints sourit : « C'est vrai qu'elle est chiante. Elle ne laisse rien passer. »
Madame propre
Un sentiment illustré un peu plus tard lors d'une visite de routine dans le village. Les lotissements succèdent aux lotissements. Il n'y a aucun immeuble collectif dans la ville. « C'était carnaval ce week-end. Les rues ne sont pas très propres », s'excuse-t-elle. A terre, le pavé est pourtant nickel. Sylvie Desmarescaux se tourne vers le parc. Sa fierté. « On a une vraie coulée verte qui traverse toute la cité. C'est notre poumon. » Il suffit pourtant de contourner les rangées d'habitations tout droit sorties d'un catalogue « Maison Castor » pour se retrouver au beau milieu des champs. Qu'importe, Sylvie Desmarescaux reprend le chemin de la mairie. Les panneaux électoraux ne sont pas encore installés. « Je n'ai besoin que de cinq affiches. Mais l'imprimeur ne veut pas en faire moins de cinquante, conclut-elle. C'est pas grave, j'en dédicacerai à chacun de mes colistiers. »