Il aurait eu 50 ans cette année. Mort en 1990, Keith Haring, le peintre de bonshommes pop aux couleurs vives, a droit à Lyon à l'une des plus importantes expositions jamais organisées en France sur son travail. Sur 3000 m2, 250 oeuvres sur bâche, sur carrosserie de voiture, sur les murs et même sur une série de plaques de métal retrouvées dans un chantier de New York.
«Il peignait sur tout ce qu'il trouvait dans la rue, explique Gianni Mercurio, le commissaire de l'exposition. Dans le métro, il dessinait à la craie à côté d'affiches de pub, ce qui lui a valu plusieurs gardes à vue.» Une rétrospective à la hauteur de la productivité de l'artiste, ami de Basquiat et de Warhol, dont la carrière tient sur une décennie fulgurante. «Ambitieux et bosseur, il ne supportait pas que le monde tourne lentement», dit Thierry Raspail, directeur du musée.
«Il traîne cette réputation de mec qui dessinait d'un trait, super vite, mais c'était beaucoup plus compliqué dans sa tête, raconte Julia Gruen, assistante de l'artiste pendant six ans. Ses dessins sont d'une extrême simplicité en façade mais derrière, ils révèlent ses combats internes. Si on croit qu'il a représenté une orgie érotique, c'est, en fait, peut-être le Vietnam.»
Au détour de sculptures et d'autoportraits d'un grand frisé à grosses lunettes est reproduite l'une des boutiques, les «pop shops», où Keith Haring vendait tee-shirts et autres badges à sa griffe. Marketing avant l'heure? «Contrairement à ce qui a été dit, ce n'était pas une entreprise commerciale, répond Thierry Raspail, mais un projet humaniste: il reversait l'argent aux associations d'aide aux enfants ou de lutte contre le sida.»
Aujourd'hui, Keith Haring a la cote: une de ses peintures a été adjugée 2,8 millions de dollars. Ceux qui ont raté le coche s'en mordent les doigts. «Je n'y ai pas cru de son vivant, regrette le directeur du musée d'Art contemporain. Pourtant, dans les années 1980, j'aurais pu acheter ses toiles. J'ai péché par excès de prudence.»