RACISME - Portrait d'un joueur qui préférerait jouer au football...
Il est là, face à la meute des journalistes. Son mètre quatre-vingt-dix camouflé sous un col roulé beige. «Abdes, vous sentez-vous comme le symbole de la lutte contre le racisme?». «Abdes, quelles mesures prendriez-vous pour lutter contre ce fléau?». A Metz, samedi dernier, Abdes Ouaddou, 29 ans et 128 matches de L1 dans les chaussettes, a joué une mi-temps avec un sauvage dans le dos qui lui a crié des insultes racistes. «Mes parents étaient venus voir une fête, ils sont repartis en pleurant», regrette le Nordiste.
Ce n’est pas le premier joueur de foot qu’on insulte. Il y a même des risques pour que ce ne soit pas le dernier. Mais c’est le premier à monter dans les tribunes «pour comprendre». «J’ai perdu les pédales. J’ai réagi en tant qu’être humain», soupire le Marocain en détendant sa silhouette efflanquée.
«Ensuite, vous ne lui parlez plus que de foot»
L’espace de cinq minutes, le stade Saint-Symphorien de Metz a assisté à une scène aussi rare qu’une apparition de la vierge. Un joueur professionnel a abandonné la posture consensuelle de mise dans le milieu du foot pour redevenir «humain». Mais le défenseur valenciennois n’a pas la fibre militante. Il veut «oublier» et regrette que «l’affaire ait pris une telle ampleur».
A Valenciennes, il est déjà un capitaine de peu de mots. Alors quand la pression médiatique monte, certains font barrage pour lui, comme son entraîneur, Antoine Kombouaré. «Vous lui demandez ce que vous voulez aujourd’hui. Mais ensuite, vous ne lui parlez plus que de foot».
Un bon soldat
En son absence pour cause de Coupe d'Afrique des Nations, la défense valenciennoise avait pris l’eau. «Je ne suis pas zorro», expliquait-il à son retour, alors que sa rentrée permettait à la dernière ligne de retrouver toute sa solidité. Collectif, poli, Abdes Ouaddou est un bon soldat. Ni plus, ni moins. Ses parents, qui l’emmènent de son Maroc natal à Jarville (Meurthe-et-Moselle) à 3 ans, ne veulent pas le laisser jouer au foot? Il attendra d’avoir huit ans pour porter son 1er maillot. Nancy, où il a appris son métier, a besoin de liquidités? Il accepte sans broncher de rejoindre Fulham, club anglais de seconde zone.
Il joue la Ligue des Champions avec l’Olympiakos le Pirée mais sa famille ne s’adapte pas à la Grèce? En plein hiver, il rejoint Valenciennes, qui vient tout juste de remonter en L1. Le dernier épisode de sa carrière, jusque-là sans vague, touche à sa dignité. Et si le ton d’Abdes Ouaddou reste souvent monocorde à l’évocation des faits, «c’est parce qu’il intériorise beaucoup» explique Antoine Kombouaré.
De cette pudeur, certains n’ont pas fait grand cas. Comme Bernard Laporte, secrétaire d’Etat aux Sports, qui a convoqué tout ce que la région compte de caméras devant la grille du domicile familial de l’international marocain. Contre son gré. «Je veux redevenir un joueur de foot. C’est encore ce que je fais de mieux», réclame Abdeslam Ouaddou.
Antoine Maes