C'est le bar de campagne qu'on assassine. Un mois et demi après l'entrée en vigueur du décret antitabac dans tous les cafés, bars, restaurants et discothèques du pays, l'heure est au premier bilan : en janvier, les cafés et brasseries ont perdu 6% de leurs clients, et 5% de leur chiffre d'affaires par rapport à janvier 2007. «L'impact économique du décret est faible et contrasté», résume Serge Vendemini, professeur de gestion à Paris-II, présent hier à la conférence de presse du groupe de travail sur l'interdiction de fumer dans les lieux publics. «Les chiffres sont moins catastrophiques que prévu», embraye Bernard Cartier, président de l'Institut du développement des cafés et cafés-brasseries.
Tout de même : si le bannissement de la cigarette a eu étonnamment un impact «quasi nul» sur la fréquentation et la consommation à Paris, les petits établissements de campagne ont trinqué : ils ont perdu en moyenne 9% de leurs habitués. Et les prévisions pour février-mars font état d'un « trou d'air », même si Serge Vendemini mise sur « un retour de l'impulsion en avril, quand les établissements auront repensé leur offre ». Justement, les syndicats du groupe de travail militent en faveur d'« un plan d'accompagnement » pour ces établissements ruraux. «Il faut qu'ils puissent retrouver leur fonction sociale, pour qu'ils contribuent à réanimer les campagnes», a estimé Didier Chenet, président du Syndicat national des hôteliers, restaurateurs, cafetiers et traiteurs. Le groupe de travail a rendez-vous vendredi avec Roselyne Bachelot pour discuter des mesures à mettre en place. Ces trois dernières années, 12% des cafés en zone rurale ont fermé leurs portes.