«Action de justice» ou «politique spectacle»?

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Publié le 19 février 2008.

REVUE DE PRESSE – Sur le fond, une majorité d'éditorialistes jugent que l'opération était légitime, mais...

L'imposante mobilisation policière à Villiers-le-Bel (Val-d'Oise) suscite mardi la méfiance de la plupart des éditorialistes de la presse française, qui se demandent si l'on a affaire à une simple «action de justice» ou au dernier avatar de la «politique spectacle».

Sur le fond, une majorité d'éditorialistes jugent que l'opération était légitime. «Sur ce point, écrit Philippe Waucampt dans le "Républicain lorrain", le gouvernement est difficilement attaquable car les violences de novembre (...) avaient marqué une escalade dans l'usage des moyens employés par les émeutiers qui, en lynchant un commissaire de police et en recourant aux armes à feu contre les forces de l'ordre, appelaient une riposte appropriée».

«Cette opération de police était-elle justifiée après les émeutes d'il y a trois mois? La réponse est oui!», affirme en écho Jacques Camus dans «La République du Centre».

Pour ce qui est de la forme, cependant, c'est une autre affaire. Dans «La Marseillaise», Nadjib Touaibia estime que «l'opération (de lundi) sur Villiers-Le-Bel participe de la manipulation politique» et conclut: «Le battage médiatique autour des banlieues est un signe de désarroi dans la majorité présidentielle.»

Pierre Laurent, dans «L'Humanité», est tout aussi critique. «L'opération de Villiers-le-Bel montre que la tentation de la mise en spectacle du tout-sécuritaire reste l'option privilégiée par le pouvoir», écrit-il.

Une option qui donnerait, de plus, une image déplorable de la banlieue, selon Olivier Picard (Les Dernières nouvelles d'Alsace): «Pendant quelques heures, une banlieue de France - et loin d'être la plus problématique! - a été dénoncée, aux yeux de millions de téléspectateurs, comme un repaire de hors-la-loi nuisibles si dangereux qu'on avait rassemblé une petite armée casquée pour les attaquer. Comment mieux dévaloriser, comment mieux humilier, comment mieux déclasser ces banlieues qu'on prétend, au même moment réhabiliter, avec des trémolos dans la voix?»

«Que cherche-t-on en théâtralisant l'action des forces de l'ordre?», interroge Jacques Guyon dans «La Charente Libre». «A impressionner la "racaille"? Ou à s'assurer une opinion devenue ces temps-ci plus versatile?»

Yves Thréard, dans «Le Figaro», l'un des seuls à se féliciter de l'opération, pense que les critiques sont motivées par des calculs électoralistes. «L'approche des municipales est un argument facile pour dénoncer une "manipulation"», écrit-il. «Et les médias, des otages tous désignés d'une rhétorique visant à faire passer une action de justice d'envergure pour un "dysfonctionnement grave de la République"».

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