PEKIN 2008 - Les Anglais non, les Américains oui, les Français peut-être...
Les athlètes participant aux prochains Jeux olympiques pourront-ils parler politique? Une question simple qui est en train de devenir un mic-mac international. Aucun comité olympique ne répond la même chose, ce qui ne simplifie pas les choses.
Premier à mettre le holà, les Anglais,
qui ont envisagé de faire signer une charte de bonne conduite à ses athlètes, avant de faire machine arrière. Une position soutenue par , le médaillé d'or du 100 m des jeux Olympiques de Barcelone, Linford Christie. «Parfois, des gens essaient de mêler la politique et l'athlétisme et ils ne devraient pas. C'est toujours comme ça. certains essaient d'amener le sport dans des domaines où nous ne pouvons rien. Les athlètes sont là pour concourir et c'est tout ce qu'ils devraient faire, a jugé l'ancien sprinteur, désormais entraîneur du spécialiste britannique du 200 m, Christian Malcolm. Nous sommes parfois un peu hypocrites. On consomme tous des produits chinois dans ce pays.»
«Les Français pourront parler librement, mais ils devront tenir compte de la charte»
Aux Etats-Unis, le mot d’ordre n’est pas le même. «Nous n'allons imposer aucune restriction ou interdiction sur la liberté d'expression, a affirmé à l'AFP Darryl Seibel, le porte-parole du Comité olympique américain. Nous n'allons pas jusqu'à leur dire comment répondre aux questions.» L'USOC va simplement demander à ses athlètes, présents en Chine,
de respecter le règlement 51 de la charte olympique, qui traite des prises de position sur les sites olympiques officiels. «Pour tous les jeux Olympiques, nous fournissons à nos athlètes un livret explicatif sur l'histoire et la culture du pays hôte. Cette fois, il s'agit de la Chine», a ajouté Darryl Seibel.
Même position en France, où Henri Sérandour,
le président du CNOSF (comité national olympique du sport français): «Les Français pourront parler librement, mais ils devront tenir compte de la charte» olympique, qui précise qu’ «aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique».
«Dans un autre cadre, avant ou en marge des JO, je suis favorable à ce qu’on sensibilise les gens»
Bref, une liberté contrôlée. Pas de quoi inquiéter
Vincent Anstett, 25 ans, champion de France 2007 de sabre, qui espère participer à ses premiers JO à Pékin. «Nous, les escrimeurs, on n’a pas eu de directive particulière et ça m’étonnerait qu’on en ait. Je pense que c’est une bonne chose que les athlètes prennent position sur des sujets politiques, comme les Droits de l’Homme. On est des exemples pour les jeunes, donc on peut leur transmettre nos valeurs. Après, ce n’est pas forcément une bonne idée de parler des Droits de l’Homme le jour de sa compétition.
«En revanche, dans un autre cadre, avant ou en marge des JO, je suis favorable à ce qu’on sensibilise les gens. Moi-même, je ne suis pas forcément au courant de tout ce qui se passe en Chine, des détails. Je connais peu ce pays. Donc l’idée qu’un comité olympique national organise un séminaire d’informations pour ses athlètes, comme cela a été fait en Norvège ou en Suède, me paraît bonne. Ca pourrait nous être utile une fois sur place. Le boycott, par contre, c’est impossible de demander ça à des athlètes qui préparent cet événement depuis des années. A l’époque où certains candidats en avaient parlé lors de la campagne présidentielle, ça m’avait fait beaucoup sourire. Pour moi, c’est hors de question. Aux Etats de se prendre en main s’ils veulent protester, mais d’une autre façon.»
Pierre Koetschet et Jérôme Sillon