On attendait la sommité, on a eu l'embarrassé. Le Pr Luc Montagnier a témoigné hier au procès de l'hormone de croissance contaminé. Le virologue de l'Institut Pasteur, âgé de 75 ans et mondialement connu pour avoir isolé le virus du sida en 1983, s'est expliqué sur le rapport qu'il a rendu en janvier 1980 sur les conditions d'extraction des hypophyses servant à la fabrication des hormones.
Dans cette note, le spécialiste précise à l'époque qu'« une attention particulière doit être portée au risque de la maladie de Creutzfeldt-Jakob », et conseille d'éviter tout prélèvement d'hypophyses sur des cadavres suspects. Ses recommandations, actées par France Hypophyse - l'association qui avait le monopole de l'hormone - ne seront pas appliquées avant 1988, causant la mort de plus de cent jeunes patients, selon l'accusation.
Hier, Luc Montagnier a reconnu avoir fait le minimum. Il ne s'est pas penché sur les méthodes de collecte des hypophyses, extraites sur des cadavres malades par des laborantins inexpérimentés. « Rétrospectivement, j'aurais pu faire davantage, mais je faisais confiance à mes collègues, qui d'ailleurs voulaient faire du bien aux enfants », explique-t-il, ajoutant que « personne ne pouvait imaginer que cette catastrophe prendrait une telle ampleur ». Mais au président du tribunal qui lui demande quelle aurait été son attitude si un membre de sa famille avait été concerné, le professeur répond, d'une voix blanche : « Je me serais sans doute davantage renseigné. »