C'est les vacances pour Didier Plancke. Et on dirait qu'il s'amuse. Professeur d'économie au lycée Saint-Paul de Lens, il profite des congés de février pour accélérer la campagne municipale qu'il mène à Villeneuve-d'Ascq. Ça tombe bien : le candidat UMP a « toujours veillé à séparer vie privée et vie publique ». « Ma candidature, je ne la cache pas à mes élèves, explique l'intéressé. Mais je suis plus à l'aise dans ma ville. »
Avide de revanche
Ça commence vers 11 h du matin par un porte-à-porte chez les commerçants avec deux colistiers. C'est son quartier, Sart-Babylone, « sociologiquement plutôt favorable ». Didier Plancke est garé en travers sur le parking du centre commercial. Il fait beau, il a le temps, mais il piaffe, le prof. Cela fait sept ans qu'il ronge son frein au conseil municipal. « A chaque question, j'ai été raillé, humilié publiquement par le maire. » Alors, depuis sept ans, l'économiste économise. Chaque mois, sans faillir il a mis de côté 850 eur sur les 1 000 eur de son indemnité d'élu communautaire. « Au total, ça me fait 40 000 eur pour mener ma campagne. C'est bien. » C'est mieux qu'en 2001. « Je n'avais pas d'expérience. Depuis j'ai beaucoup appris. » Le savoir-plaire. Au cordonnier, au chausseur, à l'opticienne, souvent le même compliment : « Une jolie boutique. Il me semble que vos prédécesseurs ne marchaient pas aussi bien... » Didier Plancke, 36 ans, joue la carte du renouvellement. Et sort le cadeau souvenir. « Je vous donne un stylo, pour qu'on écrive l'avenir ensemble. »
Candidat local d'abord
Au café, le candidat « des idées neuves » pose au patron la question qui fâche, sur la loi anti-tabac. Il ressort rassuré. « Finalement, les gens restent souriants. » Ouf, le contexte national ne jouera peut-être « pas tant que ça ». Seule une cliente a remarqué le logo UMP sur le tract du candidat. « Oui, enfin je suis surtout le candidat Didier Plancke, hein, pas uniquement le candidat UMP. » Dans un supermarché bio, une autre glisse entre ses dents : « On le voit partout, celui-là. »
Arbitre des « zozos »
Le vacancier remplit l'après-midi avec des vérifications sur l'impression de tracts et l'organisation de campagne. Un passage chez le coiffeur, aussi, pour couper des cheveux déjà courts. Du remplissage : Didier Plancke a visiblement du mal à rester immobile. Il est attendu à un débat sur France Bleu Nord, avec ses adversaires Gérard Caudron (DVG) et l'ancien lieutenant de ce dernier, Jean-Michel Stievenard (PS), le maire sortant. Serein pour le coup, le cadet UMP se plaît à souligner la « haine » qui règne entre les « deux zozos d'en face ». Plus facile que la dernière fois sur Radio Campus. « Un photomontage de Sarkozy serrant la main d'Hitler était placardé dans le hall. C'était limite, mais je ne suis pas du genre à fuir. »
Chef en campagne
Le débriefing aura lieu le lendemain, au local de campagne. Les retours de la presse sont bons. Les comptes sont au vert. Les vingt-cinq militants sont emballés, mais le brouhaha n'est pas toléré. Didier Plancke douche quelques enthousiasmes : « On ne dit pas prospectus, on dit projet, ici on n'est pas à Conforama », « Ne laissez pas des enfants distribuer des tracts tout seuls, moralement c'est moyen. » Le projet a-t-il oublié l'équipe de basket féminin de l'ESBVA ? « L'ESBVA coûte cher, combien rapporte-t-il en notoriété ? Ça reste à voir. » « Euh, attention, Didier, il y a la presse. » Il va falloir s'entraîner pour le débat télévisé du samedi, sur France 3. Un « comité tomates » est mis en place par sa directrice de campagne, Florence Bariseau, pour bombarder le candidat de questions fourbes. Sur l'ESBVA ? Il est 22 h, Didier Plancke éteint les lumières. Ses vacances se poursuivent.