D'où vient l'idée de Nicolas Sarkozy sur l'enseignement de la Shoah aux CM2?

Publié le 14 février 2008.

POLITIQUE - L'idée embarrasse les profs et la communauté juive…

«Qui a eu cette idée de fou?» Le propos de cette spécialiste reconnue de l'enseignement de la Shoah en dit long sur la façon dont le corps enseignant reçoit l'idée de Nicolas Sarkozy de confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2.

«L'invocation de la Shoah de façon émotionnelle se fait au détriment de la compréhension de la singularité historique et politique de ce phénomène», s'insurge Barbara Lefebvre, professeur d'histoire et auteur de «Comprendre les génocides du XXème siècle, comparer, enseigner» (éd. Bréal). «Il faut distinguer les intentions, louables, de vouloir lutter contre l'antisémitisme des effets produits», acquiesce Alain Seksig, inspecteur de l'Education nationale. «Il faut inscrire cela dans un projet pédagogique plus large.»

Une communauté juive «pas demandeuse»

Autant dire que le corps enseignant n'est pas convaincu. Gilles Moindrot, secrétaire général du Snuipp-FSU (syndicat majoritaire chez les enseignants du primaire) dénonce une «annonce faite sans aucune consultation des enseignants, psychologues et pédopsychiatres, alors que c'est un sujet sensible». Pas de concertation non plus du côté des instances représentatives de la communauté juive de France, «qui n'était pas demandeuse de ce symbole à bas prix», décrypte Barbara Lefebvre.

Selon nos informations en effet, le Crif, au dîner duquel Nicolas Sarkozy a fait sa proposition, n'est pas enchanté. Son président, Richard Prasquier, n'aurait eu connaissance de l'initiative que 48 heures avant.

«Des accents de sincérité»

Un «cadeau empoisonné» que certains attribuent à l'avocat Serge Klarsfeld, fondateur de l'association des «fils et filles des déportés juifs de France» . Lequel, qui approuve par ailleurs le projet, nie absolument. «Je n'ai absolument rien demandé au Président ni mon fils Arno qui travaille avec François Fillon», affirme-t-il à 20minutes.fr.

«L'iniative sent la patte d'Henri Guaino, la plume de Nicolas Sarkozy», avance une bonne connaissance du dossier. Pour Henri Hajdenberg, ancien président du Crif, Nicolas Sarkozy est «sensibilisé à la question des agressions antisémites et racistes». «Il a été véritablement bouleversé par l'affaire Ilan Halimi qu'il a vécu comme un échec personnel». Sa proposition, quoique maladroite dans sa formulation, aurait donc des «accents de sincérité».

L'Education nationale embarassée

D'ailleurs, l'Education nationale parle d'une «initiative présidentielle». Xavier Darcos a toutefois assuré qu'il en avait «évidemment parlé avec le président de la République avant» le dîner du Crif, et qu'il ne s'agissait «pas d'une idée balancée sans moultes réflexions». «Nous nous sommes posés la question de bonne foi, en pères de famille, en éducateurs», a-t-il avancé, solidaire du Président, tout en gardant une distance visible: «l'idée est un peu normative sans doute».

Visiblement embarrassé, la rue de Grenelle s'est empressé d'annoncer la formation d'une mission présidée par Hélène Waysbord-Loing, inspectrice honoraire et présidente de l'association de la Maison d'Izieux. Laquelle aura pour mission «d'élaborer les documents pédagogiques» nécessaires au projet du chef de l'Etat. «De toute façon, ça va être comme avec la lettre de Guy Môquet: on va la lire une fois et l'oublier les années suivantes», conclut une professeur.
Alexandre Sulzer
Emploi

En partenariat avec Monster.fr

  • Trouvez le poste qui vous convient

    Retrouvez les dernières offres d'emploi sur toute la France et dans tous les secteurs avec 20minutes.fr et Monster.fr

publicité
publicité
publicité
publicité
publicité
Se connecter avec Facebook
S'identifier sur 20minutes.fr