EDUCATION - Profs ou politiques, peu de personnes se réjouissent de la proposition du chef de l'Etat…
La
proposition de Nicolas Sarkozy de confier la mémoire d'un enfant victime de la Shoah à chaque élève de CM2 ne fait pas l'unanimité.
Côté professeurs, le secrétaire général du Snuipp-FSU (majoritaire chez les enseignants du primaire), Gilles Moindrot, a estimé que cela comportait des risques de «troubles psychologiques». «Il y a le risque que cet enfant ou bien s'identifie, ou bien qu'il rejette cette identification, ou encore qu'il ait un sentiment de culpabilité ou de responsabilité pour le destin d'un élève duquel il n'est aucunement responsable», a-t-il dit. «Cela peut avoir un effet contraire à l'objectif recherché: un élève peut par exemple ne prendre en considération que le côté macabre. Le président de la République ne fait pas preuve de grande prudence vis-à-vis de la psychologie des élèves de 10-11 ans».
De nombreux professionnels de l'éducation, contactés par 20minutes.fr, craignent également des effets pervers, comme la concurrence des victimes en banlieues. «On va encore dire que certaines communautés sont privilégiées», regrette l'un d'entre eux. Un autre craint que les instituteurs, pas formés à l'enseignement de la Shoah, fassent des parallèles et des raccourcis douteux. Notamment avec le cas des sans-papiers.
Chez les politiques, l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin a estimé qu'on ne peut pas «imposer la mémoire». Je crois par ailleurs que la charge de la mémoire d’un enfant mort, c’est quelque chose de très lourd à porter».
«L'idée est un peu normative sans doute»
Au PS, François Hollande a, lui, approuvé l'initiative. «Chaque fois qu'on peut faire transmettre les exigences du devoir de mémoire, il faut le faire», a-t-il affirmé. Ce qui n'a pas empêché le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon d'être très remonté contre l'idée du chef de l'Etat: «qui a demandé une chose pareille? Personne, ni le Crif, ni aucune synagogue de ce pays n'a demandé qu'on aille faire cette démarche». «Combien de fois va-t-on, pour des raisons pédagogiques, prendre nos enfants et vouloir à tout prix leur infliger une cure de mémoire sur ceci, sur cela? On pourrait faire une liste de tous les esclaves qui ont été esclavagisés par des Français, on pourrait faire la même chose pour la Commune de Paris. Franchement, est-ce qu'on ne peut pas laisser la politique et la religion à l'écart de l'école?», a-t-il lancé.
Même le ministre de l'Education, Xavier Darcos a semblé un peu embarrassé. «L'idée est un peu normative sans doute», a-t-il reconnu avant d'ajouter: «il faut faire confiance aux enseignants, il ne faut pas s'enfermer dans un moment de ferveur et de tristesse».
A.S avec agence