INTERVIEW – Alors que Michèle Alliot-Marie présente jeudi un plan de lutte contre la cybercriminalité, le lieutenant Karine Beguin explique comment se déroule la traque des cyberpédophiles…
Hacking, pirates bancaires, trafiquants d'armes ou de drogues et, en cœur de cible, pédopornographes du Web… La ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie, présente jeudi un plan de lutte contre la cybercriminalité. L’occasion de découvrir comment se déroule la traque des cyberpédophiles avec le lieutenant Karine Beguin, chef du service de surveillance Internet. Son service est rattaché au
Service technique de recherches judiciaires et de documentation (STRJD) qui centralise toutes les affaires liées à la cybercriminalité.
En quoi consiste votre mission?
Relever les diverses infractions commises et remonter jusqu’à leurs auteurs. Le cœur de notre mission se concentre sur la pédopornographie, qui nous prend 50% de notre temps. Pour cela, nous pouvons infiltrer des forums de discussions pour entrer en contact avec des suspects. Nous assurons également une veille permanente sur Internet. Nous travaillons avec l’aide de logiciels spécialisés qui nous permettent, à partir de mots-clés, de découvrir quelles images pédopornographiques transitent sur le web et les personnes qui les diffusent. Un autre logiciel permet également d’isoler des objets sur ces photos. Par exemple, un vase avec une forme et une couleur propres est confronté à d’autres clichés pour en tirer de nouveaux éléments d’identification, comme des objets ou des personnes.
Qu’arrive-t-il une fois que vous avez identifié une personne?
Une procédure est ouverte au parquet du lieu de résidence de l’internaute. Le parquet saisit une unité locale d’intervention qui sera chargée de l’interpellation et de récupérer le matériel informatique pour que nous puissions l’analyser. Pour savoir quoi chercher, nous nous basons sur l’actualité, nous travaillons avec des associations d’aide à l’enfance qui nous font parvenir des signalements, comme lors de l’opération «arc-en-ciel», ou avec nos homologues étrangers.
En dix ans, la cybercriminalité a-t-elle évolué?
Oui, car il y a de plus en plus de personnes connectées et le développement du haut débit a engendré une hausse des quantités de fichiers échangés. Surtout, derrière un écran, l’internaute n’a pas peur du gendarme. Il a le sentiment de pouvoir agir à sa guise.
Propos recueillis par Sandrine Cochard