N erveux, méfiant, mal à l'aise dans le cadre luxueux d'un grand hôtel parisien, Mabrouck Rachedi abuse de l'humour pour se donner une contenance. Chômeur volontaire à l'heure du sarkozysme triomphant et du règne du « travailler plus pour gagner plus », le jeune trentenaire a fui la finance pour « s'enrichir philosophiquement ». Jadis analyste dans une société de Bourse, ce fils d'ouvrier algérien a choisi de récupérer son temps au détriment de ses revenus, un mode de vie dont il livre le mode d'emploi dans Eloge du miséreux - De l'art de bien vivre avec rien du tout (éd. Michalon). Le chômeur, explique-t-il ainsi, est un dragueur hors pair, frais et dispo pour aller chercher les croissants le matin, à l'opposé du salarié disparu au petit matin la cravate à peine nouée.
Rien à voir avec l'avenir promis par ses brillantes études d'économie, encouragées par sa famille - père ouvrier, mère au foyer et onze frères et soeurs dans une cité de banlieue parisienne. Fasciné par le film Wall Street, l'étudiant voulait prendre sa revanche et bien gagner sa vie rapidement. Mais quatre ans après être arrivé à ses fins, un drame personnel le conduit à questionner le sens de son existence. On ne saura rien de cet épisode, sinon qu'il l'a poussé à tout quitter pour se consacrer à l'écriture. D'abord allocataire des Assedic, puis au RMI, il s'engage dans une voie sans retour. « J'ai parfois regretté ma décision, mais je ne pouvais plus revenir en arrière. Avec un tel trou dans mon CV, on se demandait si je ne sortais pas de prison ! »
Dans la vraie vie, Mabrouck Rachedi gagne peu, mais travaille beaucoup. Il collabore au trimestriel Respect Mag, élabore une série d'animation « non caricaturale » sur la banlieue et conduit des ateliers d'écriture en ZEP. Et si Eloge du miséreux entend briser les tabous entourant l'absence d'argent, son auteur refuse de préciser sa situation personnelle. Pas un chiffre sur son ancien salaire, ses indemnités de licenciement ou les ventes de ses ouvrages, notamment son premier roman, Le Poids d'une âme (éd. JC Lattès).