HANDICAP - Dans le cadre de son plan des métiers de la dépendance, la secrétaire d'Etat Valérie Létard a annoncé la création de 400.000 emplois à l'horizon 2015...
Une partie des postes qui seront crées d'ici à 2015 devraient être consacrée à l'accompagnement des personnes handicapées. Une mesure «qui va dans le bon sens» pour Patrice Tripoteau, directeur des actions nationales de l'Association des paralysées de France.
Comment accueillez-vous l'annonce gouvernementale?
Ces créations d'emplois étaient attendues, elles étaient déjà prévues par la loi sur le handicap de février 2005, même si elles vont surtout concerner les personnes âgées, compte tenu du vieillissement de la population. Ce n'est donc pas une surprise. Mais ça va dans le bon sens, celui de la professionnalisation généralisée des personnels. Les formations existent depuis longtemps, mais ça n'émanait pas d'une volonté politique clairement affichée. C'est une bonne chose que ce projet soit plus global et voit loin.
Ce que je trouve très intéressant, également, c'est la volonté d'expérimentation. Des régions pilotes, comme le Nord-pas-de-Calais, vont servir de laboratoires pour tester l'efficacité de la formation des personnels. C'est un autre signe qui montre que les pouvoirs publics veulent agir efficacement.
Savez-vous quels financements vont être débloqués pour ces créations de postes?
C'est toute la question. On sait que le pouvoir politique veut des personnels qualifiés, qu'il va donc dépenser de l'argent pour les former. Mais il s'agit ensuite de savoir si les infrastructures, les centres médico-sociaux, auront les fonds nécessaires pour embaucher et payer correctement ces personnes qui auront été formées.
Le problème se pose déjà, pour de nouveaux métiers, comme les auxiliaires de vie scolaire. Elles sont formées, mais précaires. Au bout d'un moment, elles en ont marre et décident de faire autre chose. Il ne faudrait pas que ça se passe de la même manière pour cette nouvelle vague de création de postes. Il faut se poser la question de qui pourra embaucher et comment. Pour l'instant, il n'y a pas d'informations sur la question des financements, ni sur le calendrier.
La loi sur le handicap a fêté ses trois ans lundi. Quel bilan dressez-vous?
La question des ressources des personnes handicapées qui n'est pas du tout prise en compte cristallise vraiment la colère des associations. Tous les jours, on entend parler du pouvoir d'achat des Français, mais on n'entend guère parler de la situation des personnes handicapées. Beaucoup sont en très grande difficulté. On entend souvent de la part de nos adhérents des remarques du type «c'est bien de vouloir faire des rampes d'accès dans les salles de cinéma, sauf qu'on n'a pas le pouvoir d'achat suffisant pour aller au cinéma».
C'est pour cela que nous avons décidé, avec d'autres associations de défense des droits des handicapés, de nous mobiliser le 29 mars prochain, pour demander un revenu minimum d'existence, à hauteur du Smic brut.
Par ailleurs, cette loi se voulait citoyenne, voulait responsabiliser chacun, et donner des réponses personnalisées, adaptées à chaque situation ou presque. Trois ans après, on constate que ce n'est pas le cas. La création de nouveaux postes avec des personnels plus formés devrait normalement rectifier le tir.
L'accessibilité des lieux publics reste trop partielle. De nombreux lobbys, comme les sociétés de transport, essaient de freiner l'application de certains dispositifs de la loi en avançant des arguments financiers : « c'est trop coûteux, il faut du temps, ce n‚est pas réaliste». Les pouvoirs publics devraient sans doute être plus fermes. Mais l'Etat n'a toujours pas pris de décrets dans ce sens.
Qu'attendez-vous de l'Etat, justement?
Il faudra une intervention politique forte pour avancer sur le front de l'emploi. Le taux de chômage des handicapés est deux fois plus élevé que pour les valides. Les discriminations, notamment au moment de l'embauche, restent nombreuses et l'Etat a toujours du mal à imposer aux entreprises de respecter les règles d'accessibilité pour les personnes handicapées.
Tout est noir…
Il est certain que pour les quelques milliers de personnes les plus handicapées, il y a eu des avancées significatives. Mais pour les personnes moins lourdement touchées, il reste encore de nombreuses choses à faire.
Propos recueillis par Emilie Gavoille