JUSTICE - Ouverture du procès dans l’incendie d’une chambre de bonne, à Neuilly, qui avait causé la mort de cinq pompiers, en 2002…
La mort des cinq pompiers, décédés dans l’incendie d’une chambre de bonne, à Neuilly, en 2002, aurait-elle pu être évitée? Le procès qui s’ouvre mardi matin, devant la 18e chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Nanterre, tâchera d’apporter une réponse à cette question ainsi à celle qui en découle: si oui, qui est responsable de leur décès?
Installation électrique vétuste
La propriétaire des lieux ainsi que les deux occupants comparaissent ainsi pour homicide involontaire. La première, médecin de la fonction publique qui louait sa pièce de 9 m2 à un homme en situation irrégulière pour 200 euros par mois, est poursuivie pour la non-conformité de son installation électrique, inchangée depuis 1981.
De leur côté, les deux locataires, un Polonais et sa fille arrivés en France en 2002, se voient reprocher d'avoir branché une multitude d'appareils (bouilloire, radio-réveil, plaques chauffantes, télévision, décodeur, ventilateur) alors que l'installation ne pouvait supporter qu'un rasoir électrique ou un sèche-cheveux.
Une boule de feu imprévisible
Selon deux experts nommés dans le cadre de l'instruction, l'incendie du 14 septembre 2002 avait été provoqué par un court-circuit du téléviseur, sans doute dû à sa chute ou à de l'eau venant de vêtements qui séchaient au-dessus. Dans les fusibles, les fils de cuivre avaient remplacé des fils de plomb, ce qui avait empêché le courant de sauter. Le début de feu s'était propagé aux matériaux combustibles voisins, dégageant des gaz de combustion en grande quantité dans la pièce exiguë.
Arrivés sur place, les pompiers ont d'abord cru à un incendie classique. Mais lorsqu'ils ont enfoncé la porte, au 7e étage de l'immeuble, l'apport brusque d'oxygène a provoqué un phénomène dit de «
flash-over» (ou «backdraft»), une boule de feu de plus de 1.000 degrés qui les a emportés (voir
la vidéo d'un tel phénomène).
La mort de ces soldats du feu, âgés de 22 à 27 ans, avait provoqué un large émoi dans l'opinion. Les plus hauts personnages de l'Etat avaient assisté à la cérémonie des obsèques, organisée aux Invalides à Paris.
Risques du métier
Les trois prévenus encourent trois ans de prison et 45.000 euros d'amende. Le locataire et sa propriétaire sont également poursuivis pour séjour irrégulier et aide au séjour irrégulier. L'avocat des deux Polonais, Me Louis-Maurice Faure, s'étonne pourtant que ses clients se retrouvent devant la justice. «Ils n'y sont pour rien dans cette installation électrique. Tout ce qu'ils ont fait, c'est de vivre à deux dans une chambre de bonne de 9 m2», affirme-t-il.
De son côté, l'avocate de la propriétaire, Me Michèle Arnold, estime que la vétusté de l'installation électrique, qu'elle ne conteste pas, n'est qu'une «hypothèse» dans la cause de l'incendie. «Les parties civiles demandent une chose, que ce ne soit pas le dossier des risques du métier», répond Me Thibault De Montbrial, qui représentera une trentaine de proches des victimes. Et d’ajouter: «Il y a une propriétaire, qui pour économiser quelques centaines d'euros, n'avait pas refait son installation électrique. Cette négligence terrible a coûté la vie à cinq pompiers, comme elle aurait pu tuer cinq voisins.»
Sa. C. avec agence