Si c'est en pactisant avec un diable qu'il est devenu célèbre, l'univers créatif de Mike Mignola ne se limite pas aux seules aventures d'Hellboy. La preuve avec un recueil de courts récits réalisés entre 1996 et 2002, L'Homme à tête de vis et autres histoires déjantées (Delcourt). Un adjectif très justifié, car on y suit les aventures d'une tête justicière qui se visse sur différents corps, ou l'histoire d'un gamin aux prises avec un pouce géant...
De telles fantaisies n'émanent pourtant pas d'un cerveau malade, mais d'un artiste aux références multiples : on perçoit ainsi, d'une case à l'autre, les arguments fantastiques d'un Poe ou d'un Lovecraft, la poésie éthérée d'un Baudelaire et un art du conte proche de celui des griots. Alors même si sa forme déconcerte - les récits, très courts, peuvent paraître inachevés -, le livre est une excellente introduction à l'oeuvre de Mignola. Introduction que les plus curieux compléteront avec Cosmic Odyssey (Panini Comics), un titre de Jim Starlin écrit dans les années 1980. Mignola y faisait « ses classes » de dessinateur pour DC Comics, en animant concomitamment Superman, Batman, Green Lantern et consorts. Cet album ne laissera pas un souvenir impérissable, mais on a plaisir à y déceler, ça et là, quelques impertinences graphiques qui préfigurent une carrière exceptionnelle.