«Dallas-sur-Seine», «soap opera», «vaudeville», à Neuilly-sur-Seine hier, les électeurs cherchaient les mots pour qualifier le drôle de ballet politique dont ils ont été les acteurs malgré eux. Dans cette ville la plus riche de France, les Neuilléens, très majoritairement à droite, ont pris en pleine face l'éviction de celui que le président de la République leur avait imposé.
«Allez David, on ne lâche pas»
Sourire figé, ne lâchant pas un mot, David Martinon n'a foulé le bitume neuilléen que quelques secondes hier matin, acclamé aux cris de «Allez David, jusqu'au bout, on ne lâche pas». Dans le même temps, une élégante dame âgée, qui n'avait visiblement rien d'une pasionaria de la politique, s'autorisait, aussi fort que possible, un «Martinon non non!», slogan de tous ceux qui, depuis des mois, n'acceptent pas le «parachutage» de ce proche de l'Elysée. Comme beaucoup d'électeurs de droite, elle s'apprêtait à voter pour la liste de centre-droit de Jean-Christophe Fromantin, «Neuilléen depuis vingt-cinq ans». Juste avant midi et l'annonce officielle du lâchage par l'UMP de David Martinon, les partisans de ce dernier juraient qu'il «n'abandonne pas» et que «ce sont les journalistes qui fabulent». L'intéressé assurait encore hier matin qu'il mènerait la liste UMP.
Une décision qui passe mal
Quelques minutes plus tard, Jean Sarkozy sort de la messe entouré d'Arnaud Teullé, maire adjoint et candidat aux cantonales, et de Marie-Cécile Ménard, conseillère municipale et générale. Tous les trois vont reprendre la liste UMP. Mais sur le marché de Neuilly, personne ne le sait. Puis ceux qui l'apprennent ont du mal à l'accepter. «Les Neuilléens vont être soulagés, veut croire Arnaud, militant UMP. Je l'ai vu en "tractant": les gens attendent Arnaud Teullé, le vrai candidat du terrain. Ceux qui étaient partis vers Fromantin vont revenir.» Pas sûr. Ces déchirements et revirements risquent de laisser des traces, comme en témoigne l'émotion des nombreux jeunes qui, depuis des mois, sacrifiaient leurs soirées et leurs week-ends pour leur candidat David Martinon.
«Jean est un traître»
Bastien Le Coz, l'un de ses plus fervents supporters, s'avoue «choqué» et «ne comprend pas Jean Sarkozy quand il dit qu'il est en désaccord avec le projet de David Martinon. On l'a élaboré ensemble!». Visiblement émue elle aussi, Constance, 25 ans, lâche: «Jean est un traître, hors de question de le soutenir. On espère encore que David n'abandonnera pas. Sinon, on rejoindra Fromantin.» Ce dernier sera-t-il ouvert à un rapprochement?