Le choc des mots. Pour Rama Yade, les journalistes sont des « charognards », et Nicolas Sarkozy une « proie ». Jean-François Copé, patron des députés UMP, a appelé hier dans Le JDD, au « cessez-le-feu » entre la presse et l'Elysée. A les croire, la guerre est donc déclarée entre Nicolas Sarkozy et les médias. Le casus belli ? Un article du nouvelobs.com paru le 6 février, faisant état d'un SMS supposé du chef de l'Etat à son ex-épouse Cécilia. « Si tu reviens, j'annule tout », lui aurait-il écrit, quelques jours avant son mariage avec Carla Bruni. Nicolas Sarkozy a aussitôt porté plainte pour « faux, usage de faux et recel » contre le site Web de l'hebdomadaire et Airy Routier, l'auteur de l'article. Une première : aucun des occupants de l'Elysée n'avait jusqu'alors attaqué au pénal un journaliste, avec, en théorie, trois ans de prison à la clé. Inimaginable selon Robert Ménard, de Reporters sans frontières : « C'est un très mauvais signal donné par Nicolas Sarkozy, alors que la France se bat depuis des années contre les emprisonnements de journalistes dans le monde. »
Autre paradoxe de taille, l'enquête préliminaire ouverte vendredi pourrait contraindre Airy Routier à révéler ses sources. L'intéressé a déjà fait savoir qu'il n'en était pas question. Surtout que, le 8 janvier, Nicolas Sarkozy avait déclaré devant la presse qu'un « journaliste digne de ce nom ne donne pas ses sources ». Le chef de l'Etat a même promis dans l'année une loi renforçant cette protection. En off, des juristes estiment que la procédure a peu de chances d'aboutir, rappelant que les plaintes au pénal contre des médias - pour recel de violation du secret bancaire ou fiscal notamment - ont toujours été cassées par la Cour européenne des droits de l'homme. Derrière le judiciaire, il y a aussi le coup politique. Pour le socialiste Claude Bartolone, Sarkozy « a été pris à son propre piège ». « C'est lui qui a instrumentalisé sa vie privée, qui a attiré la presse vers ce voyeurisme », estime le député de Seine-Saint-Denis. Et d'ajouter : « On est en temps d'élection, et cette plainte est un moyen de rassurer l'électorat de droite, choqué par sa vie privée. »