PRESSE - 20minutes souhaitait innover en proposant des blogs à plusieurs voix (candidats, experts, journalistes, électeurs). C'est un parcours du combattant...
Le 13 décembre dernier, Jean-Yves Sécheresse, candidat à la municipalité de Lyon et blogueur sur 20minutes.fr nous contacte: «La Commission nationale des comptes de campagne (CNCC) considère que la tenue d'un blog par un candidat aux municipales sur un site de presse est considéré comme un don par une personne morale, ce qui est interdit», nous écrit-il.
Cette réaction fait effectivement suite à la publication d'un avis selon lequel «même s'il n'existe pas de jurisprudence sur la question, la Commission invite les candidats aux municipales blogueurs sur des plateformes de sites de presse» à suspendre leur activité.
Contactée par la rédaction, la commission nous affirme que si nous facturions ce service aux candidats, même de manière symbolique, nous ne ferions pas un don et nous pourrions donc héberger ce type de blog. L'avocate de 20 Minutes confirme.
Première alerte
Toujours est-il que, échaudé par ce soudain risque, le candidat lyonnais ferme temporairement son blog chez nous, malgré notre proposition de facturation, et en ouvre un autre sur un autre support, qui n’est pas une plateforme de presse.
Afin de couvrir tout de même la campagne au jour le jour de manière participative, comme nous le faisons pour de nombreux événements, nous décidons d'ouvrir un site participatif et contributif. Avec cet outil éditorial, nous invitons des candidats et des observateurs, de gauche comme de droite, à partager leur point de vue sur les élections.
Comme les pages débats des journaux
Ce blog n'a de blog que la forme: nous le considérons comme une agglomération éditoriale de contenus que nous allons chercher auprès de différentes personnes, comme si nous faisions une série de «chats» pour assurer le suivi de la campagne. Comme tous les journaux le font dans leurs pages débats.
Seule différence, mais de taille: la régularité des contributeurs et surtout, la possibilité de dialoguer entre contributeurs et internautes. Les candidats et observateurs nous envoient par mail leurs textes que nous décidons de publier ou pas, avec un souci journalistique d'équité et de pertinence éditoriale (1). En fait, si c'est un blog, c'est le nôtre, celui de 20minutes.fr. Et pas celui d'un candidat.
Contrevenant potentiel
Cette semaine, un site découvre l'avis de la Commission et publie un article sur ce sujet en pointant, entre autres, notre blog des municipales comme «contrevenant potentiel» qui ferait courir aux candidats qui y participent un risque «d'invalidation de leur élection, voire une peine d'inégibilité».
Effrayés par cet article — incomplet et rédigé sans contacter 20minutes.fr, Bruno Julliard (gauche, Paris) et Karim Boudjema (droite, Rennes) s'inquiètent du risque.
La spécificité des blogs de 20minutes
Recontactée pour avis, la CNCC confirme un risque potentiel, tout en soulignant l'absence de jurisprudence, la spécificité des blogs hébergés sur 20minutes, gratuits et ouverts à tous, à la différence de la plupart des autres sites de presse. Et reconnaît la difficile adaptation de la législation sur l'Internet.
Une facturation pour mettre les candidats à l'abri
Toutefois, afin de mettre à l'abri nos blogueurs et malgré la spécificité de l'outil que nous avons mis en place, nous proposons de leur facturer symboliquement un service qui au bout du compte n'existe pas: le traitement journalistique, même participatif, ne se monnaie pas.
Les candidats se retirent
Mais le mal est fait et plusieurs candidats participant à notre projet éditorial se retirent par crainte de voir leur élection invalidée. La conséquence sera donc une couverture participative de la campagne fortement amputée.
Restent notre carte interactive des municipales, et les commentaires sous les articles... Jusqu'à ce qu'un nouvel avis tue dans l'œuf ces nouveaux modes citoyens de couverture de l'actualité.
(1) A la différence de la télévision et de la radio, il n'y a pas sur le Web d'équivalent du Conseil de surveillance de l'audiovisuel, chargé de veiller à l'équité du temps de parole.
Que pensez-vous de cette législation sur les comptes de campagne et de son imapct sur le suivi de la campagne?
Paul Ackermann et Johan Hufnagel