Steeve Briois, candidat de l'ombre

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Publié le 8 février 2008.

En pleine tempête. Ce matin-là, les nuages sont si bas dans le ciel d'Hénin-Beaumont qu'on croirait la ville promise à un destin tragique. Si sombre que les passants ont déserté la rue Jean-Jacques Rousseau. Pas le QG de campagne du Front national, planqué au-dessus de l'opticien. A l'intérieur, les flashs pleuvent sur Marine Le Pen. Les journalistes tourbillonnent. Dans un coin, un homme endimanché observe ce ballet, un sourire gêné aux lèvres. Le même sourire qui orne les affiches sur les murs. « Tenez bon, on arrive ! », assurent-elles. Pourtant, Steeve Briois, 35 ans, est déjà là depuis longtemps. Trois mandats municipaux dans l'opposition lui ont appris les rudiments de la politique. Pas comment répondre aux questions de Libération ou de France 2. Ça, Marine Le Pen s'en occupe, en bonne deuxième de liste qu'elle est. Et quand elle fait claquer ses talons sur le parquet, tout le monde se lève. C'est le signal du départ pour le marché.

Quart d'heure sous la pluie

Place de la République, la pluie a refroidi les habitués. Il y a plus de journalistes que de badauds. Devant la pharmacie, un jeune grommelle une insulte. Une mamie évite de justesse un cameraman. Imperturbable, Marine Le Pen trace la route. Dans le rôle du porte-flingue, Steeve Briois lui tient les tracts. Devant le poissonnier, la troupe croise la route de quatre militants PS. Mort de rire, l'un d'eux lâche : « Ce n'est pas le nombre qui compte, c'est la qualité. »

Quart d'heure de gloire

Retour au local de campagne. Il est 11 h, la conférence de presse peut débuter. Qu'importe si les journalistes l'ignorent depuis plus de deux heures, Steeve Briois a enfin droit à son quart d'heure de gloire. « C'est toi qui fais le maître d'école », ordonne presque Marine Le Pen en lui tendant une règle. Il débute son exposé. La deuxième diapo n'a pas le temps d'être projetée que la presse nationale a quitté les lieux.

Quart d'heure américain

De la tribune, le candidat passe au canapé. C'est l'heure de l'apéro. « Je le connais depuis quinze ans, lâche Eliane, une militante. C'est un bon gosse. » Le boucher du coin, « un sympathisant », a préparé une blanquette de veau. Steeve Briois s'empare de la louche. Radio Nostalgie enchaîne les slows. Quand Demis Roussos entonne Rain and Tears, tout le monde se tait. Jusqu'à ce que le portable de Marine Le Pen retentisse de nouveau.

Quart d'heure, rue des déportés

Café avalé, planning fixé, Steeve Briois se lève. France 2 est de retour, il « faut » partir en porte-à-porte. Direction, la rue des déportés dans le Vieux-Hénin. Difficile de trouver du monde en plein après-midi. Après cinq échecs, un vieil homme ouvre enfin sa porte. « On n'a que 984 euros par mois pour vivre », avoue-t-il. « Les impôts locaux, qui ont augmenté de 85 % en sept ans, n'ont pas dû vous aider », attaque Marine Le Pen. Toujours cornaqué, Steeve Briois se tient en retrait. Ce n'est pas lui qui porte la culotte dans le couple. « Mais ça ne me dérange pas que Libération ou France 2 s'intéressent à Hénin », tourne-t-il à son avantage. Justement, France 2 s'intéresse vraiment à Hénin : « Vous n'avez pas des coins typiques du Nord, demande le journaliste au directeur de campagne. Genre usines fermées ou corons... » Steeve Briois souffle puis s'exécute. Le terril Sainte-Henriette fera office de décor. Le jour commence à décliner. Le tandem Briois-Le Pen joue la scène de fin. « C'est vraiment déprimant ici », lâche le journaliste. Steeve Briois baisse les yeux. C'est pour ça qu'il est là.

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