INTERVIEW – Caissière depuis 13 ans à Bordeaux, Charlotte Tollé est descendue, ce vendredi, dans la rue avec ses collègues...
Trois questions par téléphone à Charlotte Tollé, 38 ans, caissière dans un hypermarché bordelais, à l'heure où ses collègues et elle sont descendues dans la rue
pour dénoncer le niveau des rémunérations et les conditions de travail dans la grande distribution.
Pourquoi avez-vous décidé de faire grève aujourd'hui?
Cela fait 13 ans que je suis caissière dans la même entreprise. Rien ne change! Nos salaires sont toujours aussi maigres et les conditions de travail sont de plus en plus pénibles. J'ai voulu descendre dans la rue pour montrer que j'existe. Je suis maman d'un petit garçon de 8 ans et avec 980 euros par mois, je n'arrive pas à joindre les deux bouts. Je suis en poste depuis plusieurs années, mais je suis toujours à temps partiel. Travailler plus pour gagner plus, je veux bien, mais je ne peux pas. Dans la grande distribution, les temps partiels sont imposés. Les patrons nous disent: «Si vous n'êtes pas satisfaite, vous pouvez quitter votre emploi.» Ils sont dans une position de force et comme beaucoup, je ne peux pas me permettre de perdre mon emploi, même s'il est à temps partiel. J'aimerais bien faire cinq heures de plus pour être un peu moins dans la galère.
La Fédération des entreprises du commerce et de la distribution (FCD) a proposé plusieurs mesures, notamment de relever le paiement des pauses à 5% de la rémunération et de l'ajouter au salaire mensuel. Qu'en pensez-vous?
C'est l'arbre qui cache la forêt. Ce n'est rien qu'une remise aux normes. Nous attendions cela depuis quelques années déjà. J'ai des horaires décalés, réglés en fonction du flux de clients. Les pauses, je suis obligée de les prendre. Ils jouent avec notre temps, le planning change tout le temps. C'est fatigant, c'est difficile pour la vie de famille, et ça empêche d'avoir un deuxième travail à côté. Même avec cette augmentation, je vais avoir du mal à la fin du mois. Et la direction de mon entreprise a annoncé que nous allions travailler 17 dimanches par mois, en étant payé comme un jour normal. C'est intolérable.
Bernard Thibault a affirmé que cette grève est «historique». Comment voyez-vous la suite du mouvement?
J'espère sincèrement que les choses vont bouger. Aujourd'hui, il y a beaucoup de choses à penser. Des négociations et des groupes de travail vont être lancés, en mars et en avril prochain, par la FCD. J'espère que les discussions ne vont pas aboutir à une impasse. Il faut négocier les salaires et l'application du temps partiel. Mais il faut aussi que nous évoquions l'inquiétude des employés à propos de l'impact des nouvelles technologies. Nous avons tous peur que les emplois se raréfient pour faire place à des machines.
Propos recueillis par Morgiane Achache