Une école où Google Earth sert de manuel de géographie, où le bulletin de notes n'existe pas et où les cours changent chaque semaine, c'est possible. En septembre, cinq «collèges expérimentaux» vont ouvrir dans les académies de Paris, Versailles, Aix-Marseille et Lyon, avec la bénédiction de l'Education nationale. Leurs noms seront connus en février. «Le projet concerne des collèges publics difficiles, pas forcément classés en ZEP, mais où l'échec et la violence scolaires sont élevés», précise Mark Sherringham, conseiller de Xavier Darcos. C'est donc une première en France.
L'homme à l'origine du projet est Gabriel Cohn-Bendit. Ce «libertaire d'extrême gauche», comme il se définit lui-même, avait peu de chances de voir l'actuel ministre, ex-prof de khâgne, prêter une oreille attentive à son projet un peu fou. Et pourtant, «Gaby» a obtenu carte blanche du ministre. «D'habitude, les enseignants veulent quitter ces établissements, alors si certains veulent y aller, pour travailler différemment, à budget égal, on est ouvert!», confirme le conseiller. Trois cents profs se sont portés volontaires, après l'appel lancé cet automne par Gaby. Alors, à quoi ressemblera le quotidien dans ces collèges? «Il faudra dix-huit élèves maximum par classe. Ils suivront des cours de théâtre, de piano, de yoga... Les profs d'histoire pourront donner dix heures de cours une semaine, puis zéro la semaine suivante. Il n'y aura pas forcément de notes. Chaque classe fera un immense voyage en Afrique ou ailleurs une fois au cours de la scolarité. Les élèves pourront exprimer un désaccord, ils seront estimés», détaille tous azimuts Gabriel Cohn-Bendit.
En fait, le ministère n'impose qu'une seule limite: le respect des programmes nationaux. Les cinq collèges seront tout de même évalués dès la première année, en fonction du taux de redoublement, de la réussite au brevet, mais aussi du climat au sein de l'établissement. Les défenseurs d'une «autre école» ont trois ans pour convaincre.