«C'est invivable si l'Etat nous casse»

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Publié le 30 janvier 2008.

REPORTAGE – A Paris, les chauffeurs de taxis ont investi la place de la République...

«J'essaie de me frayer un chemin, ce n'est pas facile.» Il est 13h, ce mercredi. Sur son vélo, Juliette tente de traverser la place de la République, à Paris. René, conducteur de taxi, déplace son véhicule de quelques centimètres et lui lance «Allez-y, mademoiselle». Avec ses collègues de la Fédération nationale des artisans taxis (Fnat), il bloque les lieux depuis 10h pour manifester contre «la déréglementation de la profession» préconisée selon eux par le rapport Attali.

«Nous voulons tout de suite des négociations»

Les quatre principaux axes qui mènent à la place de la République, le Boulevard Magenta, la rue de Turbigo, le Boulevard Voltaire, et le Boulevard Beaumarchais, sont totalement fermés à la circulation. La place s'est transformée en parking géant pour taxis. Munis de sifflets, les chauffeurs se sont rassemblés au pied de la statue. «Non à la déréglementation», crient-ils.

René tient une grande pancarte «Non à la paupérisation de notre métier». Après 20 ans comme chauffeur de taxi, l'homme n'en est pas à sa première manifestation. «Je me bats toujours pour que notre métier existe. Avec le prix de la licence, l'augmentation du prix de l'essence, les charges, les taxes et maintenant une possible déréglementation, ce n'est pas possible de continuer comme ça. C'est invivable si l'Etat nous casse.» Il explique que, chaque jour, il dépense entre 20 et 40 euros d'essence. Et d'ajouter : «nous voulons tout de suite des négociations avec le gouvernement».

«S'il y a déréglementation, j'aurais payé pour rien»

Plus loin, une autre pancarte est collée sur le pare-brise d'Amihd. On peut y lire «Touche pas à mon taxi». A 29 ans, il est chauffeur d'un des 15.500 taxis parisiens. « J'ai acheté un numéro de taxi. Je me suis endetté pour ça, et maintenant, n'importe qui pourrait être taxi. Ce n'est vraiment pas juste.» Le prix d'une licence s'élève à 180.000 euros pour une grande ville.

A ses côtés, Gilbert, chauffeur depuis 11 ans. «Une éternité», sourit-il. «Nous trimons pendant des années. Je travaille 12h par jour, 6 jours sur 7, pour payer ma licence. Cet argent, je le récupère une fois parti en retraite en la revendant. Mais s'il y a déréglementation, j'aurais payé pour rien et je vais partir en retraite sans un sou.» Les taxis ont promis de rester place de République jusqu'à 19h.
Morgiane Achache
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