MUSIQUE - Comment se porte le marché? Notre décryptage...
Comment se porte le marché de la musique?
Toujours mal. Le marché mondial a baissé d’environ 15% en 2007 selon les derniers chiffres. En France, la chute est plus sévère encore. Si les ventes de CD baissent pour la cinquième année consécutive, les professionnels du secteur pensent tous que ce support n’est pas mort pour autant. « Nous allons continuer d’en vendre pendant de nombreuses années, il y a toujours des gens qui aiment le CD », expliquait samedi Jean-Bernard Lévy, le patron de Vivendi, la maison mère d’Universal.
Pourquoi les chiffres du numérique ne décollent pas assez en France ?
Il faut faire un distinguo. Si les chiffres ne sont pas bons, c’est parce que les revenus issus des sonneries mobiles sont en chute libre comme tous les experts le prédisaient. En revanche, les autres sources de revenus sur le numérique (téléchargements à l’acte, abonnements, forfaits, sont porteuses d’espoir), suivent les mêmes courbes de progression que celles des Etats-Unis, marché de référence. Selon l’Union des producteurs phonographiques français indépendants, le marché du numérique pourrait atteindre 1 milliard d’euros alors qu’il ne pèse qu’une cinquantaine de millions aujourd’hui. Et la musique sur mobile est un vecteur d’avenir avec les nouveaux forfaits illimités.
Qui s’en tire le mieux ?
Les gros. C’est-à-dire Universal dont la part de marché passe de 37 à plus de 40% et dont le chiffre d’affaires baisse moins que les autres. La raison : c’est celle qui a le plus maintenu son niveau d’investissement et qui a développé des sources de revenus complémentaires. Les labels indépendants tirent également leur épingle du jeu avec une hausse de leur part de marché et une meilleure présence dans les charts ou à la radio.
Quels sont les nouveaux modèles économiques ?
Les modes d’exploitation se multiplient avec l’émergence en 2007 des téléchargements illimités par abonnement, le streaming à la demande, des abonnements inclus dans les forfaits d’accès à Internet… De même, les formules illimitées des opérateurs de téléphonie mobile commencent à rencontrer leur public. « Il y existe une convergence entre les produits et les contenus disponibles qui n’existait pas avant », analyse-t-on chez SFR qui a vendu 2 millions de titres pour le seul mois de décembre. Un phénomène qui intéresse l’industrie du disque au plus haut point.
Quant aux fournisseurs d’accès à Internet, ils se transforment de plus en plus en fournisseurs d’accès et de contenus, la musique étant pour eux un vecteur de fidélisation de leurs abonnés. En revanche, même si personne ne veut donner de chiffres, les accords conclus avec des sites de partages de vidéos comme Dailymotion semblent encore loin de représenter une source de revenus importante.
Cette année, le Midem marque l’arrivée en force des modèles basés sur la gratuité, alors que jusqu’ici, rien de vraiment concret n’était survenu. Comme Qtrax, qui propose aux internautes de télécharger gratuitement parmi quelque 30 millions de titres via les réseaux P2P. En échange, il faudra regarder un peu de publicité. Le modèle proposé par Deezer est également à suivre de près.
Dernier élément notable: la diversification des maisons de disques qui ont compris qu’elles ne devaient plus laisser filer l’argent créé par le marchandising, les concerts, le marketing… Toutes se développent aujourd’hui, de manière autonome ou en partenariat, pour prendre en charge la totalité de la carrière d’un artiste.
Quelle place pour le consommateur ?
Depuis un moment, la musique avait mis de côté sa principale source de revenus : le consommateur. On lui donne désormais les clés pour s’investir. Pour investir même puisque plusieurs sites français - MyMajorCompany, NoMajorMusik et Spidart – viennent de voir le jour en proposant à l’internaute de devenir producteur d’un artiste auquel on croit. « Les fans sont des personnes dont il faut s’occuper une par une », a rappelé Chuck D, de Public Enemy et fondateur d’un label.
Vers la fin des DRM ?
C’est en bonne voie. Après les labels indépendants, c’est au tour des majors d’abandonner peu à peu les DRM (mesures techniques de protection pour empêcher le piratage) en ce qui concerne le téléchargement à l’acte pour se tourner vers le MP3. « Nous sommes en train de faire des expériences, nous préférons ne pas faire de commentaires pour le moment », a expliqué samedi avec prudence Jean-Bernard Lévy, le grand patron de Vivendi. Si ceux qui tentent cette expérience ne veulent pas donner de chiffres pour le moment (EMI a refusé lundi de tirer un bilan de son expérience de ventes de MP3 aux Etats-Unis), il semble d’après certaines sources, que les consommateurs reviennent plus facilement sur les sites pour acheter du MP3 que des titres avec DRM.
Le prix du disque va-t-il baisser ?
En prenant la présidence de l’Union européenne, la France va remettre sur le tapis un vieux cheval de bataille : la baisse de la TVA de 19,6 à 5,5% pour les disques. Une initiative qui est loin de faire l’unanimité chez nos voisins européens. Mais cette fois, cette cause n’est peut-être pas perdue. En effet, si la baisse sur les CD reste un objectif a priori inaccessible, un compromis pourrait être trouver. En effet, l’Union européenne pourrait décider la baisse pour les disques (physique et numérique) à un taux intermédiaire, ou mettre la TVA à 5 ,5% pour les ventes liées au numérique pour favoriser l’essor de ce marché. Réponse avant la fin de l’année.
David Carzon