SOCIETE GENERALE - Selon le procureur de Paris, il n'a pas agi «à son profit direct et personnel»...
Jérôme Kerviel a «admis», lors de sa garde à vue, «avoir accompli certains actes et faits pour dissimuler» ses actions sur le marché, a annoncé lundi le procureur de Paris, Jean-Claude Marin. Mais, a-t-il précisé, il «n'a pas agi à son profit direct et personnel». Il espérait apparaître comme un trader d'exception et obtenir des primes de rendement supérieures pouvant atteindre 300.000 euros pour 2007. Ses opérations non autorisées avaient commencé dès la fin 2005. Elles n'étaient «pas de l'ampleur» de ceux qui ont été découverts par la banque le 18 janvier et qui se montaient à environ 50 milliards d'euros.
«Jérôme Kerviel reconnaît la matérialité des faits», tout en affirmant que «si ses positions étaient plus massives que d'autres, d'autres traders ont agi à un moindre niveau à l'instar de ce qu'il a accompli». «Il lui semblait bénéficier d'une certaine tolérance» de la part de la banque, a aussi indiqué le procureur.
Les juges d'instruction Renaud van Ruymbeke et Françoise Desset ont été saisis de l'enquête. Les deux magistrats sont saisis d'une information judiciaire ouverte contre Jérôme Kerviel et contre X pour «faux et usage de faux», «introduction dans un système automatisé de données informatiques», «abus de confiance aggravé par le caractère professionnel de l'auteur», ainsi que pour «tentative d'escroquerie». Le parquet va requérir le placement en détention provisoire du trader qui encourt jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 750.000 euros d'amende. Il a été déféré lundi au parquet après avoir quitté les locaux de la brigade financière.
Pas de «défaillance des systèmes» de protection de la Société Générale
L'enquête «ne démontre pas une absolue défaillance des systèmes de protection de la Société Générale», a encore estimé le procureur. «En l'état, il apparaît qu'un certain nombre d'alertes ont été faites par des responsables de service et il semble que ces alertes ont reçu des réponses falsifiées qui ont abouti au constat que les opérations n'étaient pas risquées parce qu'elle étaient couvertes», a-t-il expliqué.
«Ce serait tout à fait effrayant de penser» que les autorités judiciaires donnent du crédit «à cette politique du bouc émissaire», avait pourtant annoncé plus tôt son avocat. «J'ai tout à fait confiance dans les magistrats» qui vont instruire cette affaire, avait-il ajouté, précisant qu'il avait «l'intention évidemment de demander l'audition de tous les responsables de la banque».
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Le PDG de la Société Générale, Daniel Bouton, a réfuté, au contraire, les «théories du complot» qui feraient du trader mis en cause par la banque un agent au service d'une banque russe ou une victime expiatoire de la crise des «subprimes». Le patron a précisé que la Société Générale était effectivement «en train d'acheter» Rosbank, le deuxième réseau bancaire de Russie, dont elle était déjà actionnaire. Il a précisé que l'acquisition serait finalisée «le 11 février» et que la banque avait «largement de quoi la payer».
«Comment cacher un trou par un autre trou?»
«Quant aux gens qui vont expliquer des grands théories pour dire que c'est un complot en provenance de Mars ou de Jupiter, très bien, mais ne le croyez pas», a-t-il dit. «Comment voulez-vous imaginer que nous ayons pu cacher un trou par un autre trou? C'est complètement idiot», a-t-il estimé.
«S'il y avait un autre trou ailleurs, il aurait été complètement détecté» par les commissaires aux comptes, a-t-il souligné, avant de rappeler que la banque avait «gagné avant cette fraude 5,5 milliards d'euros brut malgré les conditions très difficiles» de marché.
Le PDG a par ailleurs contesté que Jérôme Kerviel ait fait gagner 1,5 milliard d'euros à la banque, comme l'affirme son avocat. Il «a gagné de l'argent par ailleurs, un petit peu, sur son métier normal». «Mais il n'a jamais fait gagner de l'argent à la Société Générale sur cette position frauduleuse puisqu'elle était dissimulée, elle n'était jamais rapportée dans nos comptes», a-t-il insisté. «Donc, c'est dans le virtuel que cette position lui permettait de dire qu'il avait gagné de l'argent».
Avec agence