Tsonga, le puncheur des courts

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Publié le 4 mai 2008.

TENNIS / OPEN D'AUSTRALIE - Portrait du Manceau, qui jouera dimanche sa première finale d'un Grand Chelem...

Durant quinze jours, l’Open d'Australie n’a eu d’yeux que pour lui. A Melbourne, Jo-Wilfried Tsonga a fait des émules. Et ce malgré sa défaite en finale, face à Novak Djokovic. Car auparavant, il avait terrassé Rafael Nadal en demie.

La presse régionale en a fait son chouchou. Photo montage à l’appui, elle souligne sa ressemblance avec Mohamed Ali du temps où il s'appelait encore Cassius Clay.

A 22 ans, le Français se dit «très honoré» par la comparaison, mais reconnaît qu'il ne «tourbillonne pas comme un papillon sur le court» à la manière d'Ali sur le ring. Tsonga serait plutôt du genre puncheur à la Mike Tyson, avec un gros service (18 aces contre Richard Gasquet, 17 face à Rafael Nadal) et une force de frappe dévastatrice (49 coups gagnants contre le n°2 mondial).

«J’aime le show»

Le public de la Rod Laver Arena, lui, découvre tout juste le Manceau, tombeur d'Andy Murray au premier tour:



Son physique de déménageur (1,87m pour 88kg), sa casquette de travers, ses exubérances sur le court, façon basketteur américain. «J’aime le show», murmure le 38e joueur mondial.

Avant de s’enthousiasmer: «Ce que je vis là, c’est juste une blague. Quoi de plus beau que de pouvoir m’exprimer devant tous ces gens? J’essaie de m’amuser, parce que c’est tout simplement incroyable d’être là. Beaucoup de personnes aimeraient être à ma place. Je suis conscient de la chance que j’ai.»

Un père congolais, une mère française

En quinze jours, ses exploits ont bouleversé la vie de ses proches, en France. De son père, un ancien handballeur d’origine congolaise, Jo-Wilfried tient «son côté athlétique, mais aussi le respect des règles et des gens qui l’entourent» De sa mère française, il a appris «à rester simple et serein». Son frère est un espoir du basket, pensionnaire de l’Insep. Tout ce petit monde est «complètement décalé. Ils dorment le jour et vivent la nuit. Ils m’envoient des textos pour me dire que je les fais pleurer de joie.»

Le clan Tsonga savoure. Car à ces larmes de bonheur avaient précédé des moments pénibles. En 2003, Jo-Wilfried remporte l’US Open juniors. Avec Marcos Baghdatis, ils se tirent la bourre pour la place de n°1 mondial de la catégorie. Le Chypriote finit par prendre le dessus. Le début des années noires. «Je n’ai pas pu percer comme Marcos, parce que j’ai été longtemps blessé au dos», justifie l’élève d’Eric Winogradsky.

Deux années de galère

Pendant deux ans, Tsonga ne joue pratiquement plus. Le doute s’installe. Scotchée en fond de court, la nouvelle coqueluche du tennis hexagonal songe à arrêter sa carrière. L’intéressé est depuis remonté au filet. Ces galères l’ont «beaucoup endurci». Août 2007, c’est l’été de la renaissance. Au Queens, il vient à bout de l'Australien Lleyton Hewitt, pourtant tenant du titre:



Jo-Wilried clôture sa belle tournée sur le gazon anglais par un 8e de finale à Wimbledon, perdu contre Richard Gasquet.

En début d’année, il renonce à rejoindre le clinquant Team Lagardère pour demeurer à la Fédération. «Par fidélité» envers une structure qui ne l’a jamais lâché. Quelques semaines plus tard, Tsonga s’offrira le scalp du n°1 tricolore.



Grâce à sa fraîcheur mentale. «C’est la période la plus facile pour lui, remarque le Biterrois. Il arrive, les gars ne le connaissent pas et il n’a rien à perdre.» Après ses exploits contre Mikhail Youzhny et Rafael Nadal, il a déjà gagné le cœur du public.
Gil Baudu
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