INTERVIEW - Pierre-Henri Gouyon, chercheur au CNRS et membre de la Haute autorité provisoire sur les OGM, revient sur l’avis émis mercredi par le comité sur ce maïs…
Alors que
Nicolas Sarkozy a fait savoir, jeudi, qu’il prendrait une décision sur la clause de sauvegarde «dans les tout prochains jours», Pierre-Henri Gouyon, chercheur au CNRS et membre de la Haute autorité provisoire sur les OGM, revient sur
l’avis émis mercredi par le comité sur le maïs MON 810. Il a particulièrement travaillé sur la dispersion et le devenir des transgènes.
La Haute autorité provisoire a fait état, mercredi soir, «d’éléments scientifiques nouveaux» pour évaluer l’impact du MON 810 sur l’environnement. Quelles sont les principales préoccupations liées à ce maïs transgénique?
Le problème majeur est la dissémination des pollens, sur une distance plus longue que celle que l’on connaissait. Ce qui a pour conséquence une contamination des cultures voisines. Comment vont se débrouiller les agriculteurs de «bio»? Cette contamination signifie l’impossibilité pour les parcelles transgéniques et non-transgéniques de coexister.
A-t-on suffisamment de recul pour évaluer objectivement le MON 810?
A mon sens, non. D’autant que nos travaux ont soulevé de nouvelles questions, sans réponses. Il y a encore beaucoup de zones d’ombres autour du MON 810. Ce qui est sûr, c’est qu’il est urgent de dire aux agriculteurs quelles semences ils doivent acheter avant la saison des semis.
L’activation de la clause de sauvegarde vous semble-t-elle être la réponse à apporter aux doutes sur le MON 810?
Ce n’est ni à moi, ni au comité de préfiguration de la Haute autorité sur les OGM de le dire. Cette décision appartient au pouvoir politique. Néanmoins, il est aujourd’hui clair que l’agriculture telle que nous la pratiquons depuis 50 ans fonctionne mal et est infiniment polluante, il n’y a qu’à regarder l’état des nappes phréatiques. Il faut déterminer quelle type d’agriculture nous voulons: soit on stérilise les sols et on pratique une agriculture de produits chimiques, soit on revient à une agriculture respectueuse de l’écosystème, qui ne tue pas les vivants de la terre. Je penche personnellement pour la deuxième option. L’agriculture ne doit pas être un terrain de jeu scientifique. Une remise en route des sols est toujours possible.
Propos recueillis par Sandrine Cochard