Amartya Sen: «Expliquer pourquoi certains ne voient pas leurs conditions de vie s'améliorer»
Créé le 08.01.08 à 20h54
Mis à jour le 09.01.08 à 07h58
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INTERVIEW EXCLUSIVE - Le prix Nobel d'économie 1998 a été choisi par Nicolas Sarkozy comme conseiller...
Amartya Sen, prix Nobel d’économie 1998 et professeur à l’université d’Harvard, a été choisi par Nicolas Sarkozy comme l’un des conseillers d’une future mission de réflexion sur le changement des instruments de mesure de la croissance. Il répond en exclusivité aux questions de 20minutes.fr
Pourquoi avoir accepté une telle mission?
C’est une idée brillante que de vouloir mettre en place de nouveaux instruments de mesure. En effet, le Produit Intérieur Brut (PIB), utilisé pour calculer la croissance, ne permet pas de comprendre comment la vie des individus est impactée par l’économie. Il ne s’agit donc pas d’un simple exercice statistique mais d’une tentative de rendre compte des conditions réelles de vie dans chaque pays. J’ai été approché par des économistes français tels que Jean-Paul Fitoussi qui m’ont confié l’objectif de Nicolas Sarkozy. Après différentes discussions et avoir compris ce que le président français avait exactement à l’esprit, j’ai accepté de jouer le rôle de conseiller.
Vous êtes pourtant connu pour être un homme de gauche et Nicolas Sarkozy est de droite…
C’est vrai que si j’étais français, j’aurais voté pour Ségolène Royal! Mais des enjeux professionnels et non politiques existent en économie. Je suis par ailleurs impressionné par les initiatives pleine d’imagination que prend Nicolas Sarkozy à travers le monde en parvenant à réunir des gens de différents horizons. Dominique Strauss-Kahn à la tête du FMI et Bernard Kouchner comme ministre des Affaires étrangères en témoignent.
L’idée de créer des instruments de mesure de la croissance autres que le PIB n’est pourtant pas nouvelle. Un Indice de Développement Humain (IDH), qui combine taux d’alphabétisation, espérance de vie et PIB en parité de pouvoir d’achat, existe déjà…
Oui, je suis bien placé pour le savoir puisque c’est j’ai dirigé l’équipe qui l’a créé pour le compte du Programme des Nations unies pour le développement en 1990. Cet indice est encore utile et permet de se rendre compte qu’une puissance économique comme les Etats-Unis se situe derrière la Suède et le Canada en raison, notamment, de l’absence de couverture médicale universelle. Reste que l’IDH a été conçu et réfléchi pour les pays en voie de développement. Les critères retenus, comme l’espérance de vie, ne sont pas fondamentaux dans les pays déjà développés comme la France. Il faut donc réfléchir à un nouvel indice qui explique pourquoi certaines personnes dans les pays riches ne voient pas leurs conditions de vie s’améliorer lorsque le PIB augmente. Il faut donc réfléchir à de nouveaux critères comme par exemple le taux de chômage. Mais c’est une question complexe à laquelle il n’existe pas de solution facile.
La France est une puissance économique moyenne. Ne craignez-vous pas qu’en travaillant pour le gouvernement français, votre réflexion n’ait pas un retentissement international?
Non, ce que fait le gouvernement français est pris très au sérieux à travers le monde. Vous savez, la France est un pays très spécial d’où sont issues les Lumières et les idées modernes. Les mathématiciens français ont eu une grande influence sur mon propre travail. De plus, l’indice de développement pour les pays riches que veut mettre en place Nicolas Sarkozy sera également utile aux pays pauvres car ils seront à leur tour développés dans quelques années. Je suis donc confiant sur l’utilité d’un tel travail.
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