Centre de rétention: «Il faut une prise en charge pendant l’incarcération»

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Publié le 8 janvier 2008.

CONTRE - Emmanuel Pierrat, avocat à la cour, a répondu à 20minnutes.fr...

Emmanuel Pierrat, avocat à la cour, explique à 20minutes.fr pourquoi il est catégoriquement opposé au projet de loi de «rétention de sûreté» pour les auteurs de crimes sexuels en état de récidive potentielle.

Pourquoi la création de centres de rétention pour délinquants sexuels après la prison suscite une telle levée de boucliers, selon vous?

C’est tout simplement aberrant, d’un point de vue pragmatique et théorique. La solution évidente, c’est la prise en charge médicale et psychologique pendant l’incarcération. Elle n’est pas obligatoire et certains hésitent à en faire la demande, de peur d’être repérés par les autres détenus et agressés. Mais même ceux qui souhaitent bénéficier de ces soins ne sont pas bien suivis, faute de moyens et de personnel. Un quart d’heure par mois, c’est largement insuffisant.

Il suffirait donc de renforcer le personnel psychiatrique dans les prisons pour limiter la récidive...

Mieux vaudrait en effet investir une part du budget de la justice à ce niveau plutôt que dans des centres de rétention. On prend le problème à l’envers. Certes, il y a des cas de figure irrécupérables mais il y en a beaucoup d’autres qui évoluent grâce à une prise en charge via la psychothérapie et/ou la chimie. Les méthodes ont évolué. Or, la question du potentiel de récidive avec ou sans prise en charge n’est jamais posée lors de l’expertise réalisée avant la condamnation du sujet. Cela permettrait pourtant d’adapter la peine et le parcours de soin à l’intérieur de la prison.

Et d’un point de vue théorique?

Ce projet de loi remet en cause tout le système judiciaire français puisqu’il invalide en quelque sorte la décision rendue par les juges quinze ans plus tôt. C’est une remise en cause de «l’autorité de la chose jugée», un principe de base du droit hexagonal. Comment voulez-vous que les détenus en question se prennent en charge avec une telle épée de Damoclès au-dessus de la tête. D’autant que la décision de les garder en centre de rétention sera prise de façon arbitraire et sommaire, surtout si les moyens actuels ne sont pas renforcés. Il n’y a pas d’autre mot, c’est un cauchemar.
Propos recueillis par Catherine Fournier
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