Pour les uns, c'est Minority Report à la française, pour les autres, une sécurité pour la société. Les députés examinent aujourd'hui, et en urgence, le projet de loi sur la « rétention de sûreté » pour les pédophiles jugés les plus dangereux. Le texte, motivé par l'affaire Evrard, ce pédophile récidiviste qui a violé un enfant en août, prévoit que les criminels sexuels susceptibles de récidiver soient placés dans un « centre socio-médico-judiciaire », sorte d'hôpital-prison, à l'issue de leur peine.
Des associations et l'ex-garde des Sceaux Robert Badinter y voient une « dérive dangereuse ». « Notre justice repose sur un principe simple : il n'y a pas de prison sans infraction. Or là, on maintient quelqu'un en prison (...) au titre d'un crime qu'il pourrait éventuellement commettre », explique le sénateur PS. Une attaque que repousse le député UMP Georges Fenech, rapporteur du projet de loi. « Toute nouveauté est critiquée. En son temps, le bracelet électronique avait été aussi vilipendé », estime-t-il.
Côté Chancellerie, ce dispositif comble un « vide juridique ». La ministre de la Justice, Rachida Dati, en visite hier au centre de détention de Melun (Seine-et-Marne), qui accueille 60 % des condamnés sexuels, le justifie par « l'impossibilité en l'état actuel de contraindre aux soins » les détenus. Faux, répond Nicole Maestracci, présidente du tribunal de Melun, qui rappelle que « la plupart des détenus acceptent une prise en charge psychologique quand on la leur propose, mais ça nécessite des moyens psychiatriques et sociaux insuffisants actuellement ».