«Le problème des SDF relève bien plus de la carence affective que du logement»

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Publié le 27 novembre 2008.

INTERVIEW — Patrick Henry, médecin chargé de la mission «Lutte contre la grande exclusion» à la RATP, avait répondu à 20minutes.fr...

Patrick Henry a créé la première consultation pour les sans-abris à Nanterre en 1982. Depuis 1992, ce médecin est chargé de la mission «Lutte contre la grande exclusion» à la RATP.

20minutes.fr l'avait interrogé en décembre 2007, alors que la polémique sur l'hébergement des SDF était relancée, comme chaque hiver. Un an après, il fait le même constat. Recontacté par 20minutes.fr, il note que les places d'hébergement d'urgence sont toujours en nombre insuffisant et que la question du logement est loin d'être la seule cause ou la seule réponse au problème des sans-abri.

Quant à l'idée d'un hébergement obligatoire, Patrick Henry n'y est pas foncièrement opposé, à condition que cela soit fait au cas par cas et pas de manière collective. «Dans un cas, ce sont des rafles. Dans l'autre, c'est du sauvetage.» Le médecin rappelle toutefois que les décès des personnes vivant dans la rue sont rarement liés au froid. «Il y a toujours une autre pathologie.»

Voici son interview, réalisée le 18 décembre 2007:

L’arrivée du froid a relancé la polémique sur l’hébergement des SDF. Quel est votre regard sur la situation?
On paye cet hiver le prix des mesures engagées il y a un an, à savoir la non remise à la rue des personnes sans abris (6.000 personnes en France, ndlr). C’est évidemment positif pour elles, mais cela empêche de nouveaux SDF d’être accueillis. Et malgré les efforts des pouvoirs publics, il n’y a pas autant de places dans les centres d’hébergement que de personnes dans la rue.

En plus de vingt ans de terrain, avez-vous observé une augmentation du nombre de sans abris?
Pas vraiment. L’évolution est plutôt sur le plan qualitatif que quantitatif. En 1957, on comptait environ 15 ou 20.000 sans-abris à Paris. Ce chiffre a diminué alors que la population de la capitale a augmenté. La situation est pourtant plus visible et violente. Certes, la difficulté de se loger s’est accrue, notamment en plein Paris. Mais le problème des SDF relève bien plus de la carence affective.

C’est-à-dire?
Le monde du travail est plus excluant. Avant, les personnes vivant dans la rue pouvaient trouver facilement des occasions de gagner un peu d’argent, en donnant un coup de main aux commerçants par exemple. Avec la réglementation du Code du travail, un écrémage s’est effectué, laissant les plus fragiles sur le carreau. L’augmentation des licenciements, violents sur le plan financier mais aussi psychologique, a également poussé des gens dans la rue. Idem sur le plan personnel, avec des divorces de plus en plus nombreux. La fragilité d’une personne peut être réveillée par ce type d’événements et conduire à l’exclusion. 100% des personnes qui vivent dehors souffrent de problèmes psychologiques.

Que préconisez-vous?
Il faut coller davantage à la réalité de ces personnes en errance et arrêter de vouloir à tout prix les stabiliser dans un logement pérenne. A ce titre, l’action des Don Quichotte a été menée trop rapidement, sans professionnalisme aucun. Les SDF ont tout bonnement été instrumentalisés. Il faut trouver un stade intermédiaire entre l’urgence et le définitif en revalorisant la fonction «asilaire». Pourquoi ne pas créer dans chaque arrondissement parisien des lieux de proximité pour accueillir ces populations cassées, encadrées par un personnel expérimenté et multidisciplinaire (assistante sociale, psychologues…)? C’est une question d’intelligence et de courage politique.
Propos recueillis par Catherine Fournier
Combien Les chiffres les plus récents sur la population des sans-abris en France datent de 2001. L’Insee avait alors évalué à 85.600 le nombre de personnes ayant fréquenté au moins une fois un centre d’hébergement ou bénéficié de la distribution d’un repas chaud. Un chiffre auquel il fallait ajouter 6.500 personnes logées dans les centres d’ accueil pour demandeurs d’asile, les centres provisoires d’ hébergement et les
centres de transit.
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