INTERVIEW – Olivier Esper, de Google France, répond à nos questions...
Olivier Esper est responsable des relations institutionnelles chez Google France et espère, comme d'autres acteurs du web français, que
le poste de secrétaire d'Etat aux nouvelles technologies deviendra une réalité. Il explique pourquoi.
Pourquoi tenez-vous à ce qu’un Monsieur Internet soit nommé au sein du gouvernement français?
Dans les pays qui ont atteint des forts taux de connexion à l’Internet, le développement du numérique a été et est toujours une priorité politique portée au plus haut niveau de l'Etat. En France, le développement de l'Internet n'est pas suffisamment considéré comme une priorité politique.
Or, la France a un fort potentiel d'innovation dans ce domaine comme en témoignent des jeunes pousses telles que Dailymotion ou Netvibes qui connaissent des premiers succès sur la scène internationale. Le talent des ingénieurs et entrepreneurs français doit être soutenu par une volonté politique forte.
Qu'est-ce qu'un secrétaire d'Etat à l'Internet français pourrait apporter à une entreprise américaine comme Google?
Google France est partie intégrante de l'écosystème Internet français. Si Internet se développe en France, si notre économie croît davantage, Google France en profitera comme toutes les autres entreprises françaises.
A ce titre, le développement de l'Internet devrait être une priorité politique. Les industries du numériques sont les industries gagnantes de demain. Notre secteur crée chaque année des milliers d’emplois en France. A l’heure où l’on cherche des solutions pour stimuler la croissance, le numérique pourrait rapporter jusqu’à 1 point de croissance en plus à notre pays. Mais pilotage politique ne signifie pas pour autant interventionnisme de l'Etat: cela signifie surtout la mise en place et le maintien d'un cadre favorable au développement de l'Internet.
Quels chantiers vous paraissent prioritaires sur le Net français et dont pourrait s'occuper un secrétaire d'Etat à l'Internet?
Le chantier prioritaire mis en avant par Renaissance Numérique, c'est réduire la fracture numérique. Le constat est simple: seulement 47% de nos foyers français sont en effet connectés à Internet alors qu’ils sont presque 70% en Angleterre ou en Allemagne et même 80% aux Pays-Bas ou en Suède. L'objectif peut paraître ambitieux — 80% de foyers équipés et connectés à Internet en 2010, 100% en 2012, mais est réaliste à condition d'être soutenu par une volonté politique très forte.
Et concrètement?
Le préalable à beaucoup de mesures est l'équipement des foyers: favoriser la donation d'ordinateurs, notamment par les entreprises à leurs salariés. Nous avons proposé un amendement à la Loi de Finances 2008 sur ce sujet. Il a été voté au Sénat le 26 novembre dernier. Je m'en réjouis, nous espérons qu'une telle mesure va augmenter de 5 à 10 % le taux d'équipement des ménages dans les mois et années à venir.
Dans l'idéal, qui verriez-vous à ce poste?
Ce n'est pas à nous de proposer un nom. Mais en tout état de cause, il faut une personnalité avec une réelle dimension politique qui puisse imposer en tant que priorité au sein du gouvernement le développement du numérique et le placer sur le devant de la scène de l'action publique ; une personnalité qui comprenne et connaisse très bien le monde de l'Internet. Ce sera un défi et une tâche difficile, mais l'enjeu est de taille.
Propos recueillis par Alice Antheaume