POLITIQUE – La rumeur grossit et les pressentis sont dans les rangs…
Un Monsieur Internet au gouvernement? Nicolas Sarkozy
l’avait promis avant d’être élu. Ce n’est pas encore une réalité. Mais la nomination d’un secrétaire d’Etat au numérique est toujours dans l’air. Et au web3, la grande messe sur le futur du Net les 11 et 12 décembre, les participants français applaudissaient des deux mains cette idée.
«Il est urgent d’avoir un interlocuteur dans ce domaine, disent en chœur les entrepreneurs du web. Actuellement, on ne sait pas à qui s’adresser dans cette foire d’empoigne qu’est le paysage politique des nouvelles technologies et, du coup, aucune initiative n’avance. On a besoin d’un guichet unique.» Pour l’instant, les nouvelles technologies font partie du portefeuille de Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Mais les questions soulevées par Internet sont si nombreuses qu’elles supposent un poste dédié, juge l’association
Renaissance Numérique. Rares sont ceux qui s'opposent à cette idée. «Créer un poste gouvernemental de plus? Mais avec quel budget? Il ne va servir à rien. Si c'est pour avoir un Bernard Laporte du web, non merci», peste
Joël Ronez, consultant sur le Net.
Les potentiels
Parmi les pressentis, Franck Supplisson, conseiller technique de Nicolas Sarkozy aux nouvelles technologies, et André Santini, si remaniement du gouvernement il y avait. Cette semaine, un troisième nom se faisait entendre:
Thierry Solère, maire-adjoint de Boulogne-Billancourt et secrétaire national de l’UMP chargé de l’Internet – et nommé pour cette mission par le président de la République lui-même. Interrogé par 20minutes.fr, l’homme reste prudent: «La création de ce poste a été évoquée pendant la campagne présidentielle mais cela restera le choix du président de la République.»
Solère connaît le sujet pour avoir mené la campagne électorale de Sarkozy sur Internet et fait un constat amer de l’état du numérique dans l’hexagone. «La France accuse un double retard: culturel et étatique, explique-t-il. Par exemple, Il n’y a pas de télé procédure pour les demandes administratives. On est encore trop empêtré dans la culture du guichet, à faire la queue des heures. Or il faudrait que le citoyen soit au centre de tout» et puisse accéder à ses informations depuis son écran d’ordinateur.
La fracture numérique, encore et toujours
Autre chantier prioritaire selon Thierry Solère: l’équipement. «Il faut développer le haut-débit sur tout le territoire et ne pas laisser le secteur privé décider du marché. C’est aux départements d’œuvrer pour ne pas laisser sur le carreau des contrées moins rentables. Vous savez, aujourd’hui, dans certaines régions, on peut à peine lire une vidéo sur Dailymotion tellement le débit est lent.» En effet, moins d’un foyer français sur deux (47%) dispose d’un accès à l’Internet à partir de son domicile, contre 71% en Allemagne, 75 % au Luxembourg et même 80% aux Pays-Bas ou en Suède,
rappelle Renaissance Numérique.
Mais pour Joël Ronez, il suffirait de faire de ce combat une priorité. «Pas besoin de créer un poste pour cela. C'est vraiment une réponse de technocrate que de vouloir mettre quelqu'un de plus au gouvernement pour gérer ces questions.»
L’entreprenariat en ligne freiné
«En France, il est difficile d’avoir des activités en ligne car il faut créer une société, s’enregistrer, avoir un numéro Urssaf, etc, juge pourtant Franck Rougeau, président de
Spark Angels, service d'entraide numérique. Comme c’est le cas aux Etats-Unis, il faudrait créer un statut légal de «particulier prestataire de services» — comme existe déjà le statut de vendeur sur Ebay — sans pour autant avoir besoin de fonder une société.»
Même
son de cloche chez Google France. «Notre secteur économique crée chaque année des milliers d’emplois en France, souligne Olivier Esper, responsable des relations institutionnelles chez Google France. A l’heure où l’on cherche des solutions pour stimuler la croissance, le numérique pourrait rapporter jusqu’à 1 point de croissance en plus à notre pays», assure-t-il.
«Il faut alléger les contraintes pour créer une société sur le Net, admet Thierry Solère. «Internet est un vivier d’emplois formidables mais pour l’instant, l’endroit propice pour monter des start-up est plutôt dans la Silicon Valley. Il faut que la France s’y mette, réconcilie les acteurs d’Internet et montre que l’Etat n’a pas une vision rétrécie du numérique.» Vaste programme.
Selon vous, quelles devraient être les priorités du gouvernement pour favoriser l’essor de l’Internet?
Alice Antheaume