«Le terrorisme est un outil de communication»
Créé le 11.12.07 à 17h17
Mis à jour le 11.12.07 à 17h22
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ALGERIE – Après les attentats qui ont frappé Alger, Séverine Labat, chercheur au CNRS/Cadis et spécialiste des islamistes algériens, explique pourquoi la situation est toujours fragile dans le pays…
Après
les attentats qui ont frappé Alger, mardi matin, Séverine Labat, chercheur au CNRS/
Cadis et spécialiste des islamistes algériens, explique pourquoi la situation est toujours fragile dans le pays…
Deux voitures piégées ont explosé, mardi matin à Alger. Pour l’instant, ces actions n’ont pas été revendiquées. Portent-elles la marque du Groupe Salafiste pour la Prédication et le Combat (GSPC) selon vous?
En l’absence de revendication, il est difficile de se prononcer. Néanmoins, il fait peu de doutes qu’il s’agit d’islamistes. Et la seule organisation à avoir refusé de poser les armes est le GSPC.
Assiste-t-on à une recrudescence de la violence du GSPC depuis son ralliement à al-Qaïda?
Les premiers contacts entre les deux mouvances remonte à 1998, après la scission du GIA. Le GSPC, prétendûment opposé aux massacres de 1997, ciblait alors les militaires algériens. Une posture difficile à tenir aujourd’hui car le groupe a été très poursuivi par l’appareil militaire. Il est devenu très minoritaire et s’est cherché un relais. Il faut savoir que l’appareil idéologique algérien a toujours été très pauvre: il a gagné un nouveau souffle en se ralliant à al-Qaïda. Et une certaine reconnaissance, al-Zaouahri ayant demandé au GSPC dans une vidéo de «sortir les fils de France d’Algérie.»
Pourquoi être passé de cibles militaires à des cibles civiles?
Le terrorisme est un outil de communication. En s’en prenant aux civils, les islamistes s’assurent que l’on parle d’eux. Enfin, les attentats du 11 septembre 2001 ont été une rupture en créant un nouveau savoir-faire. Le
phénomène des bombes humaines est très récent en Algérie, il ne date que d’avril 2007.
Pourquoi le terrorisme dure malgré la fin de la guerre civile?
Parce qu’il n’y a pas eu de véritable réconciliation nationale, comme on a pu en observer en Afrique du Sud ou au Maroc. La crise a été réglée au niveau administratif mais aucune démarche n’a été faite au niveau social ou politique. Le président Bouteflika a opéré un blocage institutionnel: les Algériens n’ont pour seul horizon que la prochaine élection présidentielle, en 2009, où l’on parle de plus en plus d’un troisième mandat de Bouteflika. Sans espoir de changement, la désespérance des Algériens est terrible et constitue un terreau toujours favorable à l’islamisme.
Est-ce le retour de la terreur?
Tout dépend de l’intensité de ces attaques et des réponses sécuritaire, politique et sociale qui leur seront apportées. L’appareil sécuritaire s’est beaucoup modernisé. Et le 11 Septembre a légitimé la répression de l’appareil militaire, qui se traduit par de nombreux ratissages. Néanmoins, Alger est loin d’être dans la même situation que Bagdad. C’est une ville qui renaît: on s’y ballade de nouveau la nuit, depuis 1999. Et depuis la présidentielle de 1995, où la population a exprimé son ras-le-bol des islamistes, puis en 1997 où elle s’est révoltée contre la violence des massacres, elle ne veut plus céder à la terreur.
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