Guillaume Dasquié: «La DST a fait pression sur moi, c'est inadmissible»

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Publié le 10 décembre 2007.

INTERVIEW - Guillaume Dasquié a été mis en examen jeudi pour détention de documents classés secrets défense...

Guillaume Dasquié, journaliste d’investigation, auteur et spécialiste des questions de terrorisme et de renseignements, a été placé en garde à vue mercredi et mis en examen jeudi pour détention de documents couverts par le secret défense. En avril 2007 il avait publié des extraits d’un rapport DGSE sur son site et dans le journal Le Monde, relatifs à l’organisation d’Al Qaida et aux finances de Ben Laden. Interview:

Vous avez été mis en garde à vue dans les locaux de la DST, ce qui est assez exceptionnel. Est-ce parce que vous avez reproduit des documents, en plus d’avoir écrit des articles?
L’instruction de l’affaire nous en dira sans doute plus sur les raisons d’un tel déploiement de force. Je suis certain que la DST ne poursuit aucune croisade personnelle contre moi. D’ailleurs, l’équipe qui m’a entendu a été courtoise et professionnelle. En revanche, le sous-directeur de la DST et le substitut du procureur ont fait pression sur moi et c’est inadmissible.
Je crois que le problème de fond est que la fuite de ce document n’était pas organisée par les cabinets ministériels, qui orientent les révélations, offrant des scoops prédigérés aux médias. Ce document-là n’était pas destiné à être rendu public. Mais c’est justement notre travail de journaliste d’investigation de nous affranchir de ces petits réseaux ministériels qui tentent de nous instrumentaliser.

Vos péripéties ne sont pas finies. Mardi, vous devez passer en procès devant la 17e chambre correctionnelle pour la divulgation d’un document concernant l’affaire Borrel, ce magistrat retrouvé mort à Djibouti

Oui, mais mon avocat a demandé un report. Il faut dire que suite à la perquisition, mes ordinateurs et mes disques durs ont été saisis. Il me manque donc les documents nécessaires pour ma défense ! J’ai besoin de temps pour reconstituer un dossier.

Quelle est la marge de manœuvre du journaliste face au «secret défense»?

La jurisprudence européenne est claire: on a le droit de dévoiler des documents confidentiels défense s’ils contribuent à l’intérêt général. Là, on parle d’un document sur Al Qaida datant d’avant le 11 septembre 2001, et révélé en 2007! L’organisation n’est plus du tout la même, et ces informations ne mettaient en aucun cas en péril le dispositif de lutte contre le terrorisme. En revanche, elles contribuaient à informer le public.

Propos recueillis par Anne Kerloc’h

Voici l'extrait de l'émission de Paul Amar, «Revu et corrigé», dans laquelle Dasquié raconte son interpellation et sa garde à vue...



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