MUSIQUE - Tête de pont depuis 2003 du revival folk, Tunng n'en finit pas d'élargir son univers. Le groupe anglais se produit quatre soirs aux Transmusicales avec le rappeur canadien Buck 65 et la harpiste Serafina Steer. Interview.
Tunng n’en finit pas de grandir. Commencé en 2003 comme un duo composé de Sam Genders et Mike Lindsay, le groupe britannique a progressivement intégré les quatre musiciens qui avaient collaboré sur leurs deux premiers albums «Mother’s daughter and other songs» et «Comments of the inner chorus». Un développement qui leur a permis de faire évoluer leur son de contrées folk vers des territoires plus pop, avec toujours une petite pointe d’électronique. Pour leur 29e édition, les Transmusicales ont demandé à la formation de passer dix jours dans la salle de théâtre de l’Aire libre pour proposer pendant quatre soirs un spectacle original. A l’occasion de cette résidence et de la sortie à la fin de l’été de leur troisième album «Good Arrows», rencontre avec le chanteur à barbe du groupe, Mike Lindsay.
Comment est né ce projet de résidence?
Jean-Louis Brossard, le programmateur des Transmusicales voulait nous mettre à l’affiche du festival l’an passé, mais ça n’avait pas été possible. Il est venu nous voir en concert en mars pour nous présenter ce projet de résidence. Plutôt que de faire venir un orchestre symphonique ou quelque chose de ce genre, on a eu l’idée avec les autres membres du groupe de faire venir des artistes qu’on aimait bien et avec qui on voulait collaborer. On en a parlé avec le rappeur Canadien
Buck 65 avec qui on avait un peu tourné il y a trois ans et à la harpiste
Serafina Steer, vu que je travaillais sur son album.
Comment s’est passée la préparation?
On a eu seulement trois jours pour construire concrètement le spectacle ensemble. Il a fallu apprendre à collaborer en très peu de temps. Chacun a amené les chansons de son répertoire qu’il voulait amener au projet. Il a fallu ensuite voir comment les jouer ensemble. Le défi était d’arriver à mêler des artistes aux univers très différents. Heureusement, nos invités comprennent notre musique et savent quand se mettre en retrait. Nous de même avec eux. En tout cas, on ne voulait surtout pas d’un spectacle en trois actes, même s’il y a un peu de ça. Je crois qu’on est presque comme un seul grand groupe qui partirait dans des directions très variées.
Vous êtes souvent rattachés à une mouvance folk. Est-ce une tradition à laquelle vous êtes attachés?
Une scène s’est développée ces cinq dernières années (Devendra Banhart, CocoRosie…) et on s’est retrouvé pris dedans. Notre musique a bien sûr à voir avec le folk, mais il y a aussi des éléments très pop. Surtout sur notre dernier album, et je trouve ça très bien. On ne se base pas du tout sur des mélodies traditionnelles. Là où on est fidèle à l’esprit du mouvement folk des années 1960, c’est qu’eux aussi essayaient d’expérimenter, de s’ouvrir à d’autres univers.
Comment s’est fait le tournant pop du dernier album?
C’est venu assez naturellement. Pour la première fois, on s’est posé vraiment à six en studio pour composer les morceaux. Avant d’enregistrer, on avait énormément de chansons à moitié écrite. Il a fallu travailler, trier. Et l’expérience de la scène nous a poussé à sortir un peu de notre tranquillité. Après en termes de production, moi j’aime, après, en studio remettre en place les textures, intégrer un peu d’éléments électroniques. C’est un peu comme faire un puzzle. Mais au-delà des questions de genre, ce dont je suis très fier, c’est qu’on a vraiment réussi en trois albums à créer un son reconnaissable qui nous est propre. On aime bien créer une tension entre des paroles assez sombres et une musique plus enjouée. Ça donne souvent un effet très intéressant.
Vous utilisez même une guitare électrique sur un des morceaux du nouvel album…
Ça vient de moi en fait. Avant de former Tunng, j’ai joué dans des groupes de métal. Là, il y avait cette chanson que je n’arrivais pas à faire avancer alors, juste pour voir ce que ça donnerait, j’ai essayé la guitare électrique. Et j’ai trouvé le résultat très réussi. Heureusement, les autres aussi. Puis, j’aime bien qu’il y ait un peu quelques éléments de surprise sur nos albums.
Est-ce que votre travail avec Buck 65 et Serafina Steer vous donne envie de pousser vos expérimentations plus loin?
Définitivement. J’aimerais bien, si on a le temps, qu’on essaie au moins de travailler tous ensemble sur un morceau d’ici à la fin de la résidence. Ce serait une belle manière de boucler le projet.
Recueilli par Boris Bastide, à Rennes